Une fois de plus, la course au renforcement des frontières s’en prend à un lieu qui ne devrait jamais être touché : un site sacré. Cela se passe dans le nord du Mexique, entre la Basse-Californie et les États-Unis : ici, le Cerro Cuchumá, montagne emblématique et centre cérémoniel pour plusieurs communautés autochtones, a été visé par des explosions liées à la construction du mur frontalier.
Selon des plaintes locales, du personnel américain aurait utilisé des explosifs, endommageant un monolithe sacré d’environ 35 mètres de haut. L’étendue des dégâts reste pour l’instant incertaine.
Le Cerro Cuchumá n’est pas seulement une montagne, mais un site archéologique et cérémoniel appartenant à la tradition yumano, une famille de peuples autochtones qui comprend des communautés comme les Cucapah, les Halyiikwamai, les Alakwisa, les Kamai, les Yuma et les Mojave. Pour ces peuples, il s’agit d’un lieu spirituel, identitaire, vivant.
Depuis des siècles, des rituels, des rencontres et des pratiques liées à leur vision du monde s’y déroulent. Au XIXe siècle, toutefois, une ligne tracée sur les cartes a tout changé : la frontière entre le Mexique et les États-Unis a littéralement coupé la montagne en deux. Et avec elle, le peuple Kumiai qui habitait ces terres, aujourd’hui dispersé entre le sud de la Californie et les villes mexicaines d’Ensenada et Tecate.
La valeur pour les Kumiai
Pour les Kumiai (une culture de fait binationale) le Cerro Cuchumá est un centre religieux fondamental, un véritable point de connexion avec leur propre histoire et leur spiritualité. Pourtant, ces dernières années, l’accès à ce lieu est devenu de plus en plus difficile.
Les politiques restrictives à la frontière ont également limité la circulation, y compris pour les communautés autochtones qui vivent depuis toujours de part et d’autre de celle-ci. Résultat ? Une interruption forcée des pratiques culturelles et spirituelles. Et aujourd'hui, avec les travaux du mur, un préjudice physique vient s’ajouter au préjudice symbolique.
Le site a été officiellement reconnu aux États-Unis en 1992 comme lieu historique et sacré (sous le nom de Kuchamaa, dans la zone de Tecate Peak). Au Mexique, il est considéré comme un élément du patrimoine culturel immatériel. Pourtant, cette reconnaissance n’a pas suffi à le protéger.
Les explosions récemment dénoncées mettent en lumière une contradiction flagrante : d’un côté, on célèbre la valeur culturelle de ces lieux, et de l’autre, on les détruit pour des impératifs politiques et infrastructurels.
Ce qui se passe au Cerro Cuchumá n’est pas un épisode isolé. Des explosions similaires ont également été documentées dans d’autres zones frontalières, comme dans la région du mont Cristo Rey, entre El Paso et Ciudad Juárez. La construction du mur continue de progresser, y compris sur des territoires d'une très haute valeur historique, culturelle et environnementale, mettant en péril mémoire, identité et relations à la terre.
Source : El País
