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Ne rien faire en Corée du Sud est officiellement reconnu comme un sport

  • 19 juil. 2026 10:00

En Corée du Sud, il existe une compétition qui, à première vue, ressemble à une plaisanterie mais qui en réalité en dit long sur nous, sur notre époque et sur la manière dont nous vivons le travail. Elle s’appelle la "space-out competition".

Son objectif est aussi simple que déroutant : rester immobile, en silence, sans rien faire pendant 90 minutes. Pas de téléphone, pas de distractions, aucune performance. Juste la présence.

Dans un pays connu pour ses rythmes de travail éprouvants, pour la pression sociale liée à la réussite et pour une conception de la valeur personnelle souvent confondue avec la productivité, cette compétition est devenue au fil des ans une petite brèche dans le système. Elle ne fait pas de bruit, ne crie aucun slogan, mais invite à s’arrêter. Et à se demander si nous sommes vraiment nés pour courir sans cesse.

La "space-out competition" voit le jour en 2014 à Séoul comme projet artistique et social. Ni événement sportif, ni pratique spirituelle, mais une réponse concrète à un sentiment largement partagé : la fatigue mentale. Une fatigue qui ne disparaît pas en dormant quelques heures de plus, car elle plonge ses racines dans l’obligation permanente d’être efficaces, performants, toujours à la hauteur.

Pendant la compétition, les participants s’assoient côte à côte, souvent dans des parcs ou des espaces publics, et restent immobiles. Ils n’ont rien à prouver, ils ne doivent pas gagner en surpassant quelqu’un d’autre. Le calme devient le paramètre de référence. Le rythme cardiaque, la capacité à ne pas s’agiter, à ne pas céder à l’impulsion de vérifier quelque chose, de faire quelque chose. Au fond, de justifier son existence par l’action.

Vu de l’extérieur, on a tendance à sourire devant ces images. 90 minutes assis, cela ne semble pas grand-chose. Et pourtant, pour qui vit plongé dans la pression quotidienne, ne rien faire est étonnamment difficile. C’est précisément là que réside l’enjeu. La "space-out competition" ne se moque pas de l’idée de compétition, elle la démonte de l’intérieur. Elle transforme l’inaction en un geste conscient.

Ces dernières années, l’événement a attiré de plus en plus l’attention, surtout en 2025, lorsque des centaines de personnes ont participé aux éditions les plus récentes. Parmi elles, Byung-jin Park, musicien et entrepreneur culturel, qui a raconté cette expérience comme une façon de libérer de l’espace mental et de retrouver un contact plus authentique avec lui-même. Pas d’illumination mystique, aucune promesse de bonheur. Seulement le silence, la respiration et un temps qui cesse d’être un ennemi.

Ce qui rend la "space-out competition" intéressante aussi pour nous, ici en Italie, ce n’est pas l’exotisme de l’événement, mais le message qu’elle véhicule. Nous vivons nous aussi dans une société qui récompense ceux qui courent, qui répondent immédiatement, qui comblent chaque vide. Le temps libre est souvent vécu avec un sentiment de culpabilité. Se reposer semble une concession, non un droit.

La compétition coréenne nous rappelle que s’arrêter ne signifie pas renoncer, mais retrouver de la clarté. Que le repos n’est pas improductif, bien au contraire. De nombreux participants racontent qu’ils sortent de ces 90 plus légers, plus créatifs, moins réactifs. Comme si, en ôtant le bruit, quelque chose d’essentiel pouvait à nouveau émerger.


 

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