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Pourquoi la cannelle est "l'épice des rois"

  • 06 août 2026 10:00

Il y a deux millénaires, dans son "Naturalis historia" (véritable encyclopédie naturaliste en 37 volumes), Pline l’Ancien affirmait que la cannelle valait plus que son poids en or et en argent. 

Ce n’est donc pas un hasard si la cannelle était surnommée "l’épice des rois" : sa rareté, son prix exorbitant et l’usage exclusif qu’on en faisait au fil des siècles en faisaient un produit de luxe réservé aux classes nobles, aux souverains et aux empereurs. Les anciens Égyptiens l’utilisaient pour embaumer les morts, les Grecs en ajoutaient au vin pour soigner la toux et la fatigue, alors que nous l’utilisons aujourd’hui comme un simple condiment, malgré les nombreuses vertus qui lui sont associées et dont on ignore bien souvent l’existence.

Lors des épidémies de peste bubonique, les riches Européens utilisaient des clous de girofle, du fenouil et de la cannelle pour parfumer et assainir l’air qui entrait par les fenêtres. pensaient que ces herbes purifiaient l’air avant qu’il n’atteigne les poumons.

Peu de gens le savent, mais on peut aussi saupoudrer de la cannelle sur de petites coupures pour arrêter le saignement. Une étude publiée en 2025 sur ScienceDirect a approfondi les applications de la cannelle dans la cicatrisation des plaies. Les résultats indiquent que les composés actifs réduisent l’inflammation, combattent les micro-organismes, soutiennent la production de collagène, favorisent la croissance de nouveaux vaisseaux sanguins et aident les cellules cutanées à migrer vers le point de la lésion. Un ensemble d’actions qui peut accélérer la fermeture de la plaie, réduire le risque d’infection et favoriser la réparation des tissus. Le champ reste à explorer, mais les bases scientifiques sont bien là.

En 2023, le rappel de plusieurs produits à base de cannelle pour des taux excessifs de plomb a braqué les projecteurs sur un problème souvent ignoré (nous en avons aussi parlé dans cet article). Les tests menés par Consumer Reports en septembre 2024 sur 36 produits ont révélé que 12 marques dépassaient le seuil d’une partie par million — la limite qui déclencherait un rappel de produit dans l’État de New York, la seule juridiction américaine à réglementer les métaux lourds dans les épices.

La contamination peut se produire naturellement, par le biais des sols où poussent les arbres, ou à cause de rejets industriels. Les plants de cannelle y sont particulièrement exposés : ils mettent une dizaine d’années à atteindre leur maturité avant que l’on puisse récolter l’écorce, une période suffisamment longue pour accumuler des quantités importantes de plomb. Le risque est plus élevé pour les enfants, les nourrissons et les femmes enceintes. Avant d’acheter, il vaut la peine de vérifier la marque.

On trouve principalement deux types de cannelle dans les supermarchés : la cassia et la cannelle de Ceylan. En Amérique du Nord, la cassia prédomine, tandis qu’en Europe et au Mexique, la Ceylan est plus répandue. La différence ne se limite pas au goût.

La variable clé, c’est la coumarine, un composé naturel présent dans les deux, mais en quantités très différentes. La cassia en contient des niveaux élevés : consommée régulièrement et en quantités importantes, elle peut s’avérer nocive pour le foie, en particulier chez les personnes souffrant déjà de troubles hépatiques. La Ceylan — également connue sous le nom de "vraie cannelle" — n’en contient que des traces et constitue le choix le plus sûr en cas de consommation fréquente ou prolongée.

La Ceylan se reconnaît à sa couleur plus claire, tirant sur le jaune, à sa saveur douce et délicate et à ses bâtons formés de nombreuses couches fines d’écorce interne enroulée. La cassia est plus foncée, au goût plus intense et piquant, avec des bâtons durs et compacts.

Selon l’American Pharmacists Association, la cannelle présente un bon profil de sécurité et l’on peut en consommer jusqu’à 6 grammes par jour — soit environ deux cuillères à café — sans risque particulier. Plusieurs études (1, 2) confirment d’ailleurs que ce seuil est également efficace pour le contrôle de la glycémie. Elle est toutefois à éviter pendant la grossesse en raison de son effet stimulant, et les personnes sous traitement médicamenteux devraient demander l’avis de leur médecin avant de l’intégrer de façon systématique à leur alimentation.

Une épice ancienne, polyvalente et en grande partie encore à découvrir.

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