Le SUV compact d’Alfa, la Tonale, a eu droit à un petit coup de blush inspiré – dit-on – de la sportive et succulente 33 Stradale. Pour découvrir ce restylage, j’ai pu prendre le volant de la motorisation la plus onéreuse : la déclinaison hybride rechargeable à transmission intégrale. Peut-elle progresser suffisamment longtemps en électrique et limiter la consommation batterie vide ?

La volubilité italienne est souvent délicieuse. Alfa Romeo a fièrement annoncé que le SUV Tonale a été restylé en reprenant des codes de beauté de l’alléchant coupé sportif 33 Stradale. Pas si vite ! Cette référence, ainsi qu’à la GT 2000, se résume grosso modo à l’arrivée du nouveau badge concave en trois dimensions. Ce Scudetto incurvé donne, il est vrai, du cachet à la calandre de la Tonale, encadrée par ses deux rampes à 3 feux caractéristiques de la marque. Surtout avec sa peinture noire. Tant qu’ils y étaient, les pontes du marketing Stellantis ont évoqué les Giulia GTA et GTAm pour les prises d’air latérales. En tout cas, ce faciès Trilobo s’affiche et s’anime fièrement sur le combiné en allumant le véhicule. Quant au hayon, il a l’élégance qu’on lui connaissait déjà.

Univers milanais
Le facelift a permis à Alfa Romeo d’installer de nouveaux matériaux dans l’habitacle et, pour la finition Sport Speciale de notre modèle d’essai, un éclairage d’ambiance multicolore. Le Biscione au dragon-serpent infantivore, blason historique de la marque milanaise, est habilement incrusté sur les appuie-tête avant. Par contre, on n’avait pas droit aux sièges nervurés en cuir rouge baptisés "Cannelloni". La sauce italienne reste toutefois pimentée avec un écran derrière le volant simulant l’instrumentation "Cannocchiale" en forme de jumelles. Quant à la casquette des compteurs, elle fait ressortir le cerclage virtuel. L’univers à bord n’est pas encombré par un écran trop imposant. Une rampe de boutons est consacrée à la climatisation. L’atmosphère est un subtil mélange d’horizontalité et de rondeurs. Notamment au niveau des aérateurs. Bref, on est bien dans une Alfa Romeo.

D’ailleurs, l’écran central peut reprendre, à la façon néo-rétro du XXIe siècle, les petits compteurs de contrôle de température d’huile et de transmission, et de tension de la batterie 12 V comme les Alfa de nos aïeuls. La Tonale n’a pas de bouton pour désactiver l’alerte de vitesse au démarrage. Il faut simplement poser le doigt sur une petite icône au sommet de l’écran (panneau rond et haut-parleur). Pour débrancher l’alerte de franchissement de voie, là, c’est par un bouton sur le commodo de gauche. Le conducteur dispose de grandes palettes pour la gestion des rapports. Et sur sa droite, au pied du tronc de la console centrale, il y a la molette DNA pour choisir le mode de conduite (Dynamic, Natural, Advanced Efficiency).

Deux moteurs, 4 roues motrices
Si vous cherchez le bouton Start/Stop pour lancer la mécanique, il est sur le volant ! En étant PHEV, la Tonale doit pouvoir progresser en mode électrique suffisamment longtemps pour être écofriendly. Sa batterie de 15,5 kWh est officiellement capable de tenir 60 km en cycle mixte (WLTP). Un peu plus en ville (> 80 km). Toutefois, quand elle sera épuisée, la recharge ne pourra pas se faire sur une borne Combo CCS. La prise est uniquement compatible avec les câbles de Type 2 pour des recharges en AC à 7,4 kW. Donc, au minimum 2h30 pour récupérer 100 %. Il y a bien un mode e-Save pour garder de la réserve durant le transit, ou la recharger en conduisant. Mais au détriment de la consommation, bien évidemment. On y reviendra.

En mode 100 % électrique, la Tonale est une propulsion puisque l’électromoteur de 95 kW (129 ch) entraîne l’essieu arrière. Le 4-cylindres en ligne 1.3 l essence de 150 ch se charge, lui, des roues avant grâce à une boîte automatique à convertisseur de couple à 6 rapports. Cette transmission intégrale d’une puissance cumulée de 270 ch ne travaille pas avec un différentiel, mais grâce à une gestion électronique pour contrôler les deux moteurs. Pas de mode hors bitume spécifique d’ailleurs. La petite montée sur gravillons vers mon parking a d’ailleurs souvent fait réagir les roues postérieures. Ne rêvez pas : les aventures hors des routes seront vraiment limitées aux chemins pas trop cabossés et pas trop boueux. Surtout avec les jantes 20 pouces…

Coups de volant
Notre exemplaire montrait parfois des réticences au volant lors des manœuvres peu après la mise en route. Comme si la direction assistée était au repos. Ensuite, on retrouve une direction légère, mais précise. Je n’avais pas les amortisseurs adaptatifs proposés en option. Notre Alfa Romeo Tonale ne pouvait donc compter que sur son châssis passif à technologie FSD (Frequency Selective Damping) 100 % mécanique. Il parvient toutefois à contrôler le roulis pour virer correctement. Même en mode Natural, la voiture reste plutôt rigide sur ses appuis. Un tempérament renforcé encore par les 20 pouces. Cela peut se ressentir sur les mauvais revêtements (auto)routiers. Et fatiguer à la longue, d’autant que les sièges sont eux aussi plutôt fermes. Sans amortissement actif, le mode Dynamic intervient uniquement sur la réaction de l’accélérateur et sur l’assistance de la direction. Pour les manœuvres, il vaut mieux rester en Natural pour soulager les biceps, à cause de son diamètre de braquage un peu long (11,6 m).

Sur les routes hors agglomération, la batterie du moteur électrique rend bien l’âme après un peu moins de 60 km (55 km). Ensuite, la voiture passe en mode hybride à la Prius. La consommation est ainsi passée de 0,8 l/100 km en ville à 2,2 l/100 km à 80-90 km/h, puis à près de 6,5 l/100 km en cycle mixte. Tout dépend du parcours, car la fourchette a été entre 6,1 l/100 km et 7,4 l/100 km. Des consommations à mettre évidemment en balance avec les chiffres WLTP officiels en cycle mixte : 3,7 l/100 km (83 g CO2/km) et 12,7 kWh/100 km pour l’électricité. Quand on active l’e-Save pour recharger la batterie lors d’un trajet autoroutier, on peut se prendre un bilan de 10,4 l/100 km le temps de remettre (avant de laisser) les ions sur l'anode. Mais après, en ville et dans sa banlieue, ce sera 0 à moins de 1 l/100 km pendant 60 – 70 km à condition d’être doux et de ne pas mettre un pneu sur un ring ou un périphérique. Le DNA sur A permet de rouler sans pétrole jusqu’à 135 km/h, avec une autonomie variant selon la vitesse moyenne (de 35 km à 80 km).

Ambiance au quotidien
La batterie n’étant pas trop gourmande, donc (relativement) pas trop lourde, le poids de l’engin reste sous les 2 tonnes (1910 kg). Ceci dit, l’intérêt de ce genre de motorisation est bien sûr de la charger le plus souvent possible. Sans quoi, autant se rabattre sur la version microhybride. Dès lors, en étant rigoureux avec la prise dans le garage, cette Tonale peut très bien fonctionner comme une EV pour l’auto-boulot-dodo. Elle consommera peu ou pas du tout. Le week-end, elle peut alors s’aventurer bien plus loin. Et, surtout, elle fera le taf pour les vacances annuelles. En prenant soin d’avoir une borne à destination pour les balades touristiques.

L’Alfa Romeo Tonale Ibrida Plug-In Q4 mesure 4,52 m de long pour 1,84 m de large et 1,61 m de haut. Cependant, à l’arrière, c’est quand même un peu étroit. Cela se vérifie aussi dans le coffre. À cause de la batterie et du moteur électrique sur l’essieu arrière gobant 115 l, il reste 385 l sous la planche à chapeau, avec le double fond (où il vaut mieux caser le câble en temps normal). En rabattant la banquette, on peut atteindre 1430 l jusqu’au toit. Lequel peut accepter 50 kg sur des barres en étant équipé avec le toit ouvrant en option (68 kg sinon). Ce dernier devra rester fermé avec une galerie au sommet. Sinon, il reste la solution boule d’attelage.

Ce SUV a du tempérament, dans un environnement cosy. Même l’odorat est agréablement sollicité dans ce décor feutré aux tonalités premium. Il est plaisant à mener, mais il manque un petit peu de Cuore Sportivo. Le cœur battant est d’ailleurs très discret et peu musical. La Tonale dispose bien évidemment de la projection Android Auto et Apple CarPlay (avec chargeur à induction). Au moins l’ergonomie est efficace pour les commandes essentielles. Par contre, quand il faut se plonger dans le menu de l’écran tactile, c’est une autre affaire. Tout cela est un peu fouillis. J’ai même eu du mal à faire une recherche pour trouver une radio DAB en changeant de pays ! L’affichage sur l’écran de contrôle derrière le volant peut être personnalisé par quelques touchettes sur le volant. Là aussi, il faut comprendre le truc. D’autant que les informations disponibles varieront en fonction du mode de conduite choisi. Ce n’est donc pas la qualité première de la Tonale. Cerise sur le gâteau, la navigation embarquée a des hallucinations avec des indications pleines d’élucubrations en nous dirigeant vers des sorties dont les noms ne correspondent pas avec la signalisation routière…

Les tarifs
Séduisante, mais pas donnée. L’Italienne peut vite faire rougir le compte en banque. À l'échelle européenne, le prix d'appel absolu du SUV compact (généralement via la version microhybride de 130 ch) joue au grand écart selon la fiscalité. L'entrée de gamme démarre ainsi autour des 33.500 € en France, flirte avec les 37.600 £ au Royaume-Uni ou les 40.000 CHF en Suisse. C’est 47.000 € minimum aux Pays-Bas à cause des lourdes taxes locales pénalisant le CO2, condamnant les solutions non rechargeables. En Belgique, la porte d'entrée de l'univers Tonale s'ouvre à un peu plus de 37.400 € pour ceux qui choisiraient le bloc Diesel de 130 ch. Mais pour avoir accès à la fée électricité, c'est une autre histoire. Le passage à la motorisation hybride rechargeable de notre essai (PHEV Q4) demande un effort bien plus conséquent, avec un prix d'entrée aux alentours des 50.000 € (50.159 € pour la finition Tonale en Belgique en juillet 2026).

Pour notre modèle d’essai, l’Alfa Romeo Tonale Ibrida Plug-in Q4 Sport Speciale avec étriers Brembo noirs avec le logo Alfa Romeo, jantes de 20 pouces Fori en alliage et sièges Alcantara/similicuir coûte au minimum 55.062,50 € en Belgique. Après, il faut l’habiller. De sa robe noir pastel Nero Alfa à 617,50 €. Pour avoir, entre autres, le hayon électrique mains libres, la détection d’angle mort, le régulateur dynamique, la caméra 360°, etc. il est nécessaire de cocher le Pack Tech à 1900 €. Et ce n’est pas tout. Il y a encore les phares adaptatifs LED à 570 €, le Sound Theatre by Harman Kardon 900 W avec 14 haut-parleurs à 1425 €, le toit ouvrant panoramique (à pare-soleil manuel) à 1425 €. Il faut encore ajouter le – normalement indissociable – câble de Type 2 (356,25 €). L’addition donne un total de 61.346,25 € ! Imaginez si, en plus, il y avait la suspension active Dual Stage Valve à 1140 €…

Au Grand-Duché de Luxembourg, cette même Tonale coûte 59.318,28 €. En France, la finition Sport Speciale débute à 56.200 €. Pour retrouver les mêmes caractéristiques que sur nos images, il faudra débourser 61.200 €, mais sans le Pack Tech ! Par contre, il faudra ajouter le malus poids (2165 €). En Suisse, avec un pack Winter de série, cette Alfa Romeo Tonale équipée comme en Belgique, est vendue à 59.590 CHF. Aux Pays-Bas, la taxe BPM (1333 €) intégrée au prix de vente favorise la solution plug-in. C’est d’ailleurs la seule du catalogue. Ainsi, cette Tonale similaire à celle de notre essai y est tarifée 58.612 €. Au Royaume-Uni, enfin, la facture s’élèvera à 53.460 £.

Verdict
Le Biscione, on le préfère sur une voiture basse et incisive. Néanmoins, la Tonale a suffisamment de classe, d’élégance et de tempérament pour se démarquer dans la galaxie Stellantis. Dès lors, la Tonale PHEV est un SUV abouti. Belle et alléchante, mais pas totalement exempte de défauts. De quoi la rendre attachante ? En tout cas, l’habitabilité arrière est limitée et le coffre n’est pas très généreux. Les menus sur l’écran central manquent d’un rangement clair et efficace. Par contre, l’ergonomie des boutons est globalement plus intelligente. Elle accompagne davantage durant la conduite. Une conduite tournée vers une véritable connexion avec la route à cause de (ou grâce à) son amortissement ferme. La direction est, elle, plus légère. Tant mieux pour les manœuvres en ville.

La Tonale Ibrida Plug-in, c’est la seule hybride rechargeable du catalogue Alfa Romeo à ce jour. L’hybridation fonctionne correctement, avec des passages fluides entre les deux types de motorisation. En tournant le bouton de mode de conduite DNA sur D, on sent la Tonale plus vive à l’accélération. Les palettes, faciles à attraper, sont redoutables en conduite manuelle pour dompter ses 270 ch répartis sur les deux essieux. Toutefois, la batterie va vite montrer ses limites. Pas plus de 60 km en cycle mixte en mode électrique. Après, c’est recharge, mais uniquement sur une borne AC de Type 2. Heureusement, la Milanaise d’origine limite la casse en conduite hybride batterie vide (6,5 l/100 km en moyenne). En tout cas, elle confirme l’adage qu’une PHEV n’a de sens que si on peut la charger quasi quotidiennement !

Texte et photos : © Olivier Duquesne

