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Europe : oui aux burgers végétaux, mais non au mot "steak" s’il n’y a pas de viande

  • 09 juil. 2026 09:15

Burgers végétaux oui, steaks non : l’Europe relance le débat sur le "meat sounding" et sur les mots qui peuvent (ou ne peuvent pas) être utilisés pour les produits à base de plantes. 

Finalement, le burger végétal peut conserver son appellation de burger. Le steak, en revanche, non. Cela ressemble à l’une de ces discussions de comptoir, et pourtant le sujet occupe depuis des années les tables institutionnelles, les commissions parlementaires, les lobbys agroalimentaires et les associations environnementales. C'est ce qu'on appelle le meat sounding, une bataille de mots menée autour des produits végétaux qui rappellent, par leur forme ou leur usage, les produits à base de viande.

Le dernier chapitre en date s'écrit à Bruxelles où, après des mois de négociations, un compromis a émergé : certaines dénominations considérées comme descriptives du mode de préparation (comme hamburger, burger ou saucisse) peuvent continuer à être utilisées pour les produits plant-based (végétaux), tandis que les termes associés directement à la viande ou à ses morceaux, comme steak, filet, bacon, côtes ou cuisse, restent interdits.

Ainsi, le consommateur européen peut encore acheter un burger de pois chiches, mais pas un steak de pois. Une question présentée comme une mesure de protection du consommateur. Certains pourraient se tromper, lire "burger végétal" et penser qu'il s'agit de viande bovine.

Mais est-ce vraiment le cas ? 

Ces dernières années, la Cour de justice de l’Union européenne a estimé qu’un consommateur moyennement informé est parfaitement capable de distinguer un produit végétal d’un produit animal lorsque l’étiquetage est clair. Pour cette raison, elle a rejeté les tentatives nationales, comme celle de la France, d’interdire de manière généralisée des termes comme burger ou steak pour les aliments à base de plantes.

Difficile d’imaginer quelqu’un acheter un emballage où figure en lettres capitales "burger végétal", orné de feuilles, de légumineuses et de labels vegan, en étant convaincu de ramener chez lui une côte de bœuf. D’ailleurs, personne ne semble s’être jamais alarmé pour le "saucisson" au chocolat, le lait d’amande utilisé dans le langage courant ou le beurre de cacahuète.

Ainsi, réduire le débat à une simple question linguistique serait naïf. Derrière le meat sounding se cachent d'énormes intérêts économiques : d’un côté, l’industrie de l’élevage européenne voit grandir (bien que lentement) le marché des protéines alternatives. De l’autre, des entreprises et des startups tentent de rendre plus familiers aux consommateurs des produits souvent perçus comme nouveaux ou éloignés des habitudes alimentaires traditionnelles. Dans ce contexte, les mots deviennent un véritable terrain d’affrontement.

Pour les producteurs de viande, réserver certains termes aux produits animaux signifie défendre l’identité, la tradition et la valeur commerciale de leurs filières. Pour le secteur plant-based, au contraire, utiliser des mots déjà compris du grand public facilite l’adoption d’aliments dont l’impact environnemental est généralement inférieur à celui des protéines animales.

Une priorité vraiment urgente ?

Bruxelles continue de consacrer une quantité surprenante d’énergie à une querelle sémantique, alors même que le système alimentaire européen est confronté à des défis autrement plus importants. La crise climatique, la perte de biodiversité, la sécurité alimentaire, la dépendance aux importations d'aliments pour animaux et la nécessité de réduire les émissions agricoles semblent des sujets nettement plus urgents que le sort du mot "steak".

Et pourtant, le dossier continue de revenir périodiquement sur la table des institutions européennes. Au point qu’en 2025, certains amendements avaient même proposé d’interdire des termes comme burger et saucisse pour les produits végétaux, avant de s’enliser lors des négociations suivantes.

En réalité, le succès des produits végétaux ne dépendra pas du nom imprimé sur l’emballage. Il dépendra du goût, du prix, de la qualité nutritionnelle et de la capacité à répondre aux besoins des consommateurs.

C’est pourquoi la guerre du meat sounding risque de paraître de plus en plus comme une bataille symbolique. Une discussion sur le vocabulaire qui finit par occulter l'enjeu le plus important : comment rendre le système alimentaire européen plus durable, plus résilient et plus accessible.

Source : Conseil de l’Union européenne

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