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La Colombie dit stop aux mutilations génitales féminines : premier pays d’Amérique latine à adopter une loi spécifique

  • 05 juil. 2026 08:17

Lorsque l'on parle de mutilations génitales féminines, on pense presque toujours à certains pays d’Afrique. Et pourtant, cette violation des droits humains persiste également de l’autre côté du monde, au cœur de l’Amérique latine.

C’est pourquoi l’adoption de la loi 444 par le Sénat colombien, le 10 juin dernier, doit être saluée comme un tournant historique : la Colombie devient le premier pays d’Amérique latine à se doter d’une législation spécifique contre les mutilations génitales féminines (MGF).

Un résultat qui arrive après des années de lutte menée principalement par des femmes autochtones de la communauté Emberá, qui ont eu le courage de briser un silence profondément ancré et de dénoncer une pratique connue localement sous le nom d’"ablación".

Une tradition qui continue de frapper les petites filles

La pratique concerne certaines communautés autochtones Emberá présentes en Colombie, en Équateur et au Panama. Selon des croyances transmises de génération en génération, le clitoris devrait être retiré pour éviter qu’il ne se développe comme un organe masculin. Dans certains groupes, cette mutilation est même qualifiée de curación, c’est-à-dire "guérison".

Cette pratique repose sur des mythes ancestraux et sur une vision profondément patriarcale du corps féminin, selon laquelle le plaisir sexuel des femmes serait une chose à contrôler ou à réprimer. Pourtant et nous le savons, derrière l’invocation de la tradition se cache une réalité faite de douleur, de traumatismes permanents et de graves conséquences physiques et psychologiques pour des milliers de petites filles.

Selon les données publiées par Equality Now, au moins 204 cas de mutilations génitales féminines ont été documentés en Colombie entre 2020 et 2025. Parmi eux, 177 concernaient des mineures, souvent très jeunes. Les zones les plus touchées sont celles de Risaralda et de Chocó, même si le phénomène pourrait être bien plus étendu en raison de la difficulté à recueillir des signalements dans les régions les plus isolées.

Une loi co-construite avec les communautés

Les porteurs du projet de loi ont œuvré pour que le texte ne se limite pas à introduire des sanctions, mais adopte une approche interculturelle, préventive et fondée sur les droits humains. L’objectif est de lutter contre la pratique sans criminaliser les communautés, en favorisant au contraire des espaces de dialogue, d’information et de changement culturel.

Un rôle décisif a été joué par les femmes autochtones qui ont mené des campagnes de sensibilisation, des rencontres sur le terrain et des activités de plaidoyer auprès des institutions.

Parmi elles figure Juliana Domico, l’une des principales voix du mouvement Niñas sin Ablación ("Fillettes sans excision"), qui a ainsi résumé le sens de ce combat :

"Les mutilations sont le résultat de l’ignorance anatomique et du machisme, pas de la culture. Nous sommes nos vêtements, notre artisanat, nos danses et notre langue, pas une pratique qui tue. La culture ne tue pas."

Des mots qui démontent l’un des arguments les plus souvent avancés pour perpétuer les mutilations génitales féminines : l’idée que toute tradition devrait être préservée sous prétexte qu’elle exprime une identité.

Pour l’instant, l’adoption de la loi par le Parlement ne représente qu’une première étape. Pour entrer pleinement en vigueur, le texte devra encore être promulgué par le président de la République.

Mais surtout, il sera indispensable de traduire la loi en actions concrètes : garantir une prise en charge médicale et psychologique aux victimes, former les professionnels et les institutions, financer des campagnes éducatives et atteindre les communautés les plus reculées où la pratique reste répandue.

"Depuis l'approbation de la loi, nous pouvons enfin accéder à des territoires que nous ne parvenions pas à approcher auparavant et impliquer davantage de personnes dans le changement", a déclaré Mme Domico. "C'est une dette historique que l’État colombien a envers notre peuple".

Source : Terre des Hommes

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