Depuis le 1er mai 2026, les crèmes solaires contenant du 4-Methylbenzylidene Camphor, un filtre accusé d’agir comme un perturbateur endocrinien, ne devraient plus se trouver en rayon. Toutefois, certains stocks pourraient encore circuler : voici comment le repérer sur l’étiquette.
Cette année, une nouveauté importante a vu le jour : depuis le 1er mai 2026, la vente de tous les cosmétiques contenant le filtre UV 4-Methylbenzylidene Camphor (également connu sous le nom de 4-MBC ou Enzacamene) est définitivement interdite dans toute l’Union européenne. Une interdiction qui ne concerne pas seulement les crèmes solaires, mais tout produit intégrant cette protection : laits et lotions corporelles, crèmes pour le visage, fonds de teint et baumes à lèvres.
Le cadre réglementaire de référence est le Règlement (CE) n° 1223/2009 relatifs aux produits cosmétiques, qui encadre les substances autorisées dans les formulations vendues en Europe. C’est ensuite le Règlement (UE) 2024/996 de la Commission, adopté le 3 avril 2024, qui a formellement retiré le 4-MBC de la liste des substances autorisées, modifiant les annexes de la réglementation-cadre en raison des propriétés potentielles d’interférence endocrinienne de cet ingrédient.
L’interdiction ne s’est toutefois pas faite en un seul jour : depuis le 1er mai 2025, il était interdit de mettre sur le marché de nouveaux produits contenant ce filtre, et depuis le 1er mai 2026, une interdiction absolue de mise à disposition est entrée en vigueur, scellant définitivement la fin de la période l’écoulement des stocks déjà commercialisés. En théorie, donc, il ne devrait plus en rester trace dans les rayons. En pratique, quelques produits résiduels peuvent encore circuler, et la prudence reste de mise.
Pourquoi le filtre UV 4-MBC a-t-il été interdit ?
Le 4-MBC est un filtre chimique utilisé pour protéger la peau des rayons UV et comme stabilisant dans les formulations cosmétiques. Le problème est apparu clairement en 2022, lorsque le Comité scientifique européen pour la sécurité des consommateurs (CSSC) a conclu à l’existence de preuves suffisantes pour le classer comme perturbateur endocrinien, soit une substance capable d’altérer le fonctionnement normal du système hormonal.
Des signaux particulièrement préoccupants ont été mis en évidence concernant le système thyroïdien et le système oestrogénique. Pour ne rien arranger, la substance ne reste pas en surface : elle est absorbée par la peau et atteint la circulation générale, dépassant les marges de sécurité jugées acceptables, même à la concentration maximale de 4 % prévue par l’ancienne réglementation.
Sur le plan environnemental, le 4-MBC a tendance à s’accumuler dans les écosystèmes aquatiques, avec des effets documentés sur les organismes marins similaires à ceux observés chez l’être humain.
Ce n’est pas le seul filtre sous surveillance
Ce serait une erreur de penser que le problème ne concerne que cette substance. De nombreux autres filtres UV présents dans les crèmes solaires sont actuellement surveillés pour des raisons similaires. Le benzophénone est encore autorisé, mais à une concentration maximale de 5 %. L’homosalate et l’octocrylène sont eux aussi limités en raison de soupçons d’effets endocriniens. Pour ce dernier, l’agence française ANSES a d’ailleurs plaidé pour des restrictions si strictes qu’elles le rendraient de facto inutilisable dans les formulations cosmétiques. Le débat reste toutefois ouvert au niveau européen.
Le fait que ces substances soient encore "légales" ne signifie pas nécessairement qu’elles soient sûres : cela veut simplement dire que le processus d’évaluation est en cours, ou que les données disponibles ne justifient pas encore une interdiction formelle. Une bonne raison de rester informé.
Comment vérifier votre crème solaire
Le 1er mai est déjà passé, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y a plus aucun risque de croiser un produit contenant du 4-MBC, en magasin, en ligne, ou au fond de l’armoire de la salle de bains. La prudence est toujours de mise, et il est toujours utile de savoir décrypter une étiquette cosmétique.
Tout cosmétique vendu en Europe doit obligatoirement mentionner la liste INCI (“International Nomenclature of Cosmetic Ingredients”), où les ingrédients sont énumérés par ordre décroissant de quantité. Les noms à rechercher, et à éviter, sont 4-Methylbenzylidene Camphor ou Enzacamene : toutes deux désignent le même filtre. S’il apparaît au début de la liste, la concentration est probablement significative ; s’il figure à la fin, il n’est présent qu’à l’état de traces, mais en tout état de cause, il ne devrait plus s’y trouver.
Et si l’on veut aller plus loin, il peut être utile de garder également un œil sur le Benzophenone-3, l’Homosalate et l’Octocrylene, des ingrédients encore autorisés, mais pour lesquels, comme nous l’avons déjà indiqué, des doutes subsistent quant à leur sécurité.
Pour les enfants, la question exige une vigilance encore plus grande : les restrictions applicables aux produits solaires pédiatriques sont plus strictes et certaines substances tolérées chez l’adulte ne sont pas admises dans les formulations destinées aux plus jeunes. Lorsqu’on choisit une protection pour ses enfants, il est donc préférable de vérifier que le produit est spécifiquement indiqué pour leur tranche d’âge et de lire la liste des ingrédients avec le même soin que pour un aliment.
Source : RÈGLEMENT (UE) 2024/996
