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Huit bouteilles d'Yquem miraculées, 130 ans après

  • 04 juin 2026 09:55

Des arômes de cèdre, de fruits secs et de safran  : le sauvetage de huit bouteilles de Château d'Yquem 1892 et 1896, oubliées sous le plancher d'une chapelle en Bohème et reconditionnées dans le domaine bordelais qui les avait produites nous offre une histoire extraordinaire de patrimoine viticole sauvé de l'oubli.

Oubliés sous le plancher de la chapelle d'un château en Bohème, des crus exceptionnels du château d'Yquem datant de la fin du XIXe siècle ont récemment été restaurés par le domaine bordelais qui les avait produits il y a 130 ans. Ces véritables miraculés font partie d'une collection d'une valeur estimée à 5 millions de dollars, comptant au moins 130 bouteilles de vin et de cognac, comprenant des millésimes rares comme "Pedro Ximenes 1899" ou "Porto 1892".

La collection a été découverte sur le site du complexe médiéval perché de Becov nad Teplou, dans l'ouest de l'actuelle République tchèque. Ce site appartenait autrefois, au sein de l'Empire d'Autriche, à la famille aristocratique transnationale et germanophone des Beaufort-Spontin.

Le domaine fut confisqué par la Tchécoslovaquie en 1945. Après le départ forcé de ses propriétaires, le vin resta des décennies durant dissimulé sous le plancher de la chapelle du château, au côté d'un précieux reliquaire. Ce n'est qu'en 1985 que la police secrète communiste découvrit l'ensemble.

Tandis que l'objet liturgique de grande valeur était immédiatement transféré à Prague pour une vaste restauration, avant de revenir à Becov pour y être exposé en 2002, les flacons, eux, restèrent sur place, plus ou moins oubliés. Ce n'est qu'il y a dix ans, lors d'un inventaire, qu'ils furent redécouverts. Une délicate opération de sauvetage commença alors.

Le prestigieux Château d'Yquem a ouvert la voie, remplaçant les bouchons et dotant de capsules protectrices les bouteilles produites en 1892 et 1896. "Nous en avons goûté un échantillon pour nous assurer qu'en termes d'équilibre en bouche et de perception globale, le vin correspondait à un château d'Yquem de cet âge", a déclaré le maître de chai Toni El Khawand.

Des analyses en laboratoire ont confirmé la provenance. À mesure que le cru cédait progressivement à l'oxygène, le domaine a dû le transvaser, de sorte que seules cinq bouteilles originales ont pu être renvoyées pleines à Becov. S'exprimant lors d'une présentation de ces rescapées à l'histoire exceptionnelle, Toni El Khawand a comparé à un "moment magique" la dégustation de ce vin à la "grande complexité". Le vin a survécu grâce à sa forte teneur en sucre et "impressionne par sa fraîcheur en bouche presque acide".

"En réalité, en le débouchant, c'est comme si on décapsulait le temps", a confié le maître de chai, décelant cannelle et muscade, ou des notes "plus typiques d'un château d'Yquem de cet âge comme le chocolat ou le café".

Alors que l'Institut national du patrimoine tchèque a estimé la valeur de l'ensemble en millions de dollars en cas de vente aux enchères, Toni El Khawand a refusé d'en donner une estimation financière. "Avant tout, elle a une valeur morale et historique », a-t-il insisté. « C'est une mémoire, en fin de compte – une mémoire liquide, certes – mais c'est la mémoire de tous ceux qui nous ont précédés, du travail qui a été accompli".

Aucune enchère n'est envisagée pour l'instant. Le château d'Europe centrale prévoit plutôt d'exposer toutes ses bouteilles au public. À ce titre, il a lancé une collecte de fonds, souhaitant aussi "procéder si possible à une analyse plus approfondie des vins", a indiqué la responsable des collections Katerina Nyvltova.

 

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