Preloader

Jaecoo 5 BEV à l’essai – Pensée même pour l’animal de compagnie

  • 03 mai 2026 08:00

Le duo Jaecoo-Omoda semble avoir réussi son entrée sur le marché européen. Ces marques du groupe chinois Chery ont déjà atteint le cap du 1% de part de marché en Belgique, avec suffisamment de voitures électriques et hybrides vendues pour être "visibles" dans la circulation. J’ai déjà pu tester le SUV compact Jaecoo 5 avec son moteur électrique. Une voiture qui pense aussi aux chiens…

Malgré de faux airs de Land Rover, son nom Jaecoo est visible sans gêne. Avec ce style à la fois robuste et léché, la J5 ne veut pas être transparente dans la circulation. Ce SUV de 4,38 m de long, je l’ai essayé dans sa variante électrique de 155 kW (211 ch) avec une batterie LFP de 58,9 kWh (60,9 kWh bruts). Sur le papier, son moteur lui permet de passer de 0 à 100 km/h en 7,7 s. Ce qui est plus qu’honorable.

Avant de lancer l’animal dans la jungle routière, prenons le temps de découvrir son intérieur. D’emblée le grand écran vertical donne le ton : l’ergonomie sera tactile. Il n’y a quasiment pas de boutons, sauf sur le volant. L’étoile personnalisable permet, par exemple, de favoriser le menu des paramètres pour ensuite tapoter sur la dalle l’extinction de l’alerte de dépassement de vitesse ISA. Ou alors, il faudra le demander gentiment par la voix "Hey Jaecoo, désactive l'alerte de survitesse". Un deuxième écran, horizontal, sert de combiné numérique.

Sécurisée et accueillante

La sellerie en simili cuir est chaleureuse et confortable. Jaecoo n’a pas lésiné non plus sur les espaces de rangement. Excellent point pour les petites fentes de refroidissement sur l’emplacement de charge à induction du smartphone. Celui-ci ne risque pas de surchauffer durant sa charge. En parlant refroidissement, les sièges avant sont ventilés, en plus d’être chauffants. Pour se baigner dans l’ambiance cocooning, la marque a fait appel à Sony pour son système audio. Tout de suite, cela fait sérieux.

Malgré tout, en "bonne" Chinoise, la J5 va vous prendre par la main pour la conduite avec des aides à la conduite ADAS en veux-tu en voilà. Parfois avec pédagogie, parfois avec autorité. Le plus agaçant est le rappel systématique à garder les yeux sur la route alors qu’il faut bien jeter un œil sur l’écran de temps en temps pour régler la climatisation ou la carte de la navigation intégrée ou celle projetée par Apple CarPlay ou Android Auto. Ou, tout simplement, pour couper la chique aux ADAS.

Ludique et canin

La liste des applications comprend un karaoké. Des fois que les bouchons vous empêchent d’arriver au bar à chants, vous pourrez déjà commencer la soirée dans l’habitacle. Question musique, la Jaecoo 5 a le même problème que de nombreuses voitures de Chine : une vraiment très mauvaise réception de la radio, en particulier en DAB. D’autant qu’il faut l’activer via une icône qui laisse penser que le signal passe par une application plutôt que par un récepteur classique. Ce ne sont plus des fritures qu’il y a sur la ligne, mais d’énormes blancs.

En surfant dans le menu de la climatisation, il y a une fonction peu banale (existante aussi chez Tesla) : le "Mode animal". Il fonctionne 30 minutes pour maintenir une température entre 16 °C et 20 °C quand l’animal de compagnie est resté à bord. Attention toutefois ! En cas de canicule, un policier ou un passant pourrait être tenté de briser la vitre pour le « sauver », ne sachant rien de cette solution « pet-friendly », à défaut de message clair. Le policier pourra, en plus, vous verbaliser… Autant le savoir. Ce qui ne risque rien, par contre, c’est le faux cuir. Il est antibactérien et résistant aux griffures des pattes canines. Il y a aussi un filtre pour les poils et les allergènes.

Pied sur le frein

Le démarrage de la Jaecoo 5 ne demande aucun bouton. Il suffit de poser le pied droit sur le frein et de sélectionner le sens de progression avec le commodo derrière le volant. Pas de bouton Start/stop. Pour forcer l’extinction du moteur, il faudra passer par l’écran central ! Sinon, il suffit de mettre la transmission sur P, de sortir et de verrouiller la voiture. Retour au poste de conduite. La progression est très silencieuse. Le moteur électrique n'est pas le seul responsable de cette sérénité, il y a aussi le vitrage et l’isolation acoustique. La régénération au freinage dispose de 3 niveaux. Mais pas de palettes au volant pour l’adapter en conduite. Il faut passer par l’écran vertical ou personnaliser l’étoile du volant !

On l’a déjà vu, l’accélération n’est pas un point faible pour ce SUV. Au contraire. Surtout que la motricité arrive à garder bonne figure. Par contre, en courbe, c’est moins gracieux. La voiture a une tendance au roulis et à l’affaissement en freinage mordant. La batterie a sans doute abaissé le centre de gravité, mais le châssis n’est pas à la hauteur. Surtout que la direction manque réellement de ressenti. Les modes de conduite Eco, Normal, Sport proposés n’apportent aucune réelle différenciation, hormis à la réactivité de l’accélérateur (et une motricité moins digne en mode Sport). Bref, la J5 n’est clairement pas réglée pour la conduite dynamique.

Charge

Ce n’est pas non plus la plus dynamique en recharge. Sa puissance maximale en DC est fixée à 130 kW. Mais dans les faits, le branchement ne m’a pas donné plus de 80 kW. Il faudra donc un peu plus de 30 minutes pour atteindre les 80 % de capacité durant le trajet. À la maison, sur la borne AC, c’est logiquement 11 kW avec une charge complète le temps d’une courte nuit. La consommation en cycle mixte est annoncée à 14,7 kWh/100 km en WLTP. Vous savez quoi, c’est vrai. Sur les 600 premiers kilomètres de cette voiture (je l’ai testée quasi sortant du camion), l’ordinateur de bord annonce une moyenne de 14,6 kWh/100 km. De quoi assurer une autonomie de 402 km !

Mais redescendons un peu sur Terre quand la voiture s’engage sur autoroute. Là, la consommation va dépasser les 22 kWh/100 km à 120 km/h. Cela donne une autonomie maximale de 260 km, dans les meilleures conditions. Étant donné qu’on est prudent, et qu’on n’attend pas le 1 % pour recharger, le premier relais s’arrêtera après 230 km environ, soit 1h45 – 2h d’autoroute. Ensuite, en rechargeant à 80 %, il faudra réitérer le bornage toutes les 90 minutes. Sur un trajet mélangeant voies rapides et nationales, ma consommation a été de 19,4 kWh/100 km, soit une autonomie de 300 km. Notez que la jauge d’autonomie du combiné est très optimiste, méfiez-vous-en, surtout en début de parcours.

En famille

Une fois la Jaecoo 5 apprivoisée, il est plaisant de profiter de son confort. D’autant que les passagers arrière ne sont pas trop grugés (empattement de 2,62 m). Pour les excursions en famille, le coffre est plus que généreux compte tenu de la taille de la voiture (4,38 m x 1,86 m x 1,65 m). Elle offre ainsi 488 l sous la tablette. En rabattant la banquette, sans plancher plat, on atteint un volume utile maximal de 1180 l. Et pas de stress pour le câble, il trouve place dans un frunk sous le capot avant de 35 l. 

Certes, pour les vacances, il faudra prévoir les pauses recharge et se méfier de l’autonomie annoncée en débranchant la borne. Par contre, la Jaecoo 5 n’aura pas peur de s’aventurer sur les petites routes et les grands chemins. C’est une traction, pas un 4x4, donc on restera prudent. Toutefois, la vision panoramique de ses caméras n’est pas à 360 °, mais à 540° avec la possibilité de voir ce qui se passe sous le plancher ! Et puis, pour les familles, il y a l’argument choc : les tarifs.

À la caisse

Jaecoo est chinois, et le prix aussi. Il faut compter 32.000 € environ pour s’offrir ce SUV électrique. Une bonne affaire ? Oui, au niveau budgétaire, car l’équipement est complet (grand écran de 13,2 pouces, connectivité sans fil, 19 aides à la conduite, dont la caméra panoramique à 540°, jantes 18 pouces et système audio à 6 haut-parleurs). Le rapport qualité-prix est également honorable. Le blason n’est pas très flatteur, mais je dois avouer que plusieurs têtes se sont tournées au passage de ce SUV. 

En Belgique, on a une J5 à partir de 32.990 €, d’office en finition supérieure "Exclusive" avec le simili cuir, le chargeur à induction, l’audio Sony et le toit panoramique. Pour retrouver la même Jaecoo 5 que de cet essai, il faut opter pour la couleur Khaki White Metallic à 395 €. Prix total : 33.385 €. Au Grand-Duché de Luxembourg, ce sera 32.290 € avec la TVA à 17 %.

En France, la Jaecoo 5 électrique n’est pas encore affichée au catalogue. Il n’y aura pas de bonus à cause du made in China, mais le prix devrait être aux alentours des 32.000 €. La Jaecoo 5 hybride de 224 ch (non rechargeable) y est proposée à 28.990 € (ou 26.990 € en finition Select). En Suisse, Jaecoo (et Omoda) arrive sur le marché via des distributeurs comme EuropeanCar.ch. La J5 Exclusive se négocie à 40.390 CHF. 

Aux Pays-Bas, c’est la même chose qu’en Belgique, avec uniquement la finition Exclusive à 32.990 €. Sauf qu’ici, la teinte de carrosserie Khaki White est de série. Au Royaume-Uni, la Jaecoo 5 (appelée E5 dans sa version électrique) débute à 27.505 £. En finition Luxury pour retrouver le même modèle que cet essai, il faut juste ajouter 3000 £, soit 30.505 £, étant donné que la teinte Granite White est, ici aussi, incluse. 

Verdict final

Bouille sympathique et confort impérial. Voilà comment résumer les points forts de la Jaecoo 5, sans parler prix. Par contre, il faudra faire des concessions. Ce SUV manque clairement de dynamisme. Le châssis est à bout de souffle au détour de routes sinueuses dès que le rythme s’anime. Moins bavarde que d’autres modèles chinois, cette J5 a toujours une petite tendance à jouer à la belle-mère par moments. Mais ce qui manque vraiment, ce sont de vraies commandes physiques. Il y a trop sur l’écran vertical central.

Cette ergonomie technologique peu pensée pour l’usage ternit un tableau plutôt positif. Pour autant qu’on ne veuille pas lancer l’auto dans des virées sportives. En conduite posée, avec des pauses régulières lors des virées lointaines exceptionnelles, la Jaecoo J5 sait prendre ses occupants par la flatterie du confort. Singulièrement avec autant d’équipements que dans la finition Exclusive, souvent seul choix disponible. La stratégie agressive en matière de tarif est payante. Et l’on comprend pourquoi Jaecoo (et Omoda) ont su séduire rapidement un public européen réputé vigilant sur la qualité perçue. Sans oublier les amis des animaux qui pourront y accueillir sereinement leur compagnon à quatre pattes.

Texte et photos : © Olivier Duquesne

Partager: