Kia a beau étendre sa gamme de modèles électriques à tour de bras, il n’oublie pas la combustion interne. La K4 en est le bel exemple. Cette 5 portes a pour mission de remplacer la Ceed, modèle emblématique du réveil de la marque en Europe il y a presque 20 ans. De plus, il s’agit cette fois d’une berline compacte à vocation mondiale, pas uniquement européenne… Un bon test routier semblait nécessaire pour voir si la Kia K4 peut sortir du lot.

Elle a de l’allure cette Kia K4 : long capot, ligne étirée et position basse. Cette berline compacte ne l’est pas tant que ça avec ses 4,44 m de long. Si elle est plus longue de 13 cm que la Ceed qu’elle remplace, ce n’est pas juste par effet de mode. Tout simplement parce que, contrairement à la Ceed conçue pour le marché européen, la K4 se destine au monde entier. D’ailleurs, elle est assemblée au Mexique et roule en Amérique depuis 2024. Toutefois, le constructeur de Séoul n’est pas un débutant. Le châssis a été retravaillé dans ses bureaux allemands pour mieux coller aux habitudes de conduite européennes.

L’essence des sens
La K4 va aussi rassurer ceux qui sont encore allergiques à l’électricité. Pas la moindre étincelle électrique sous le capot, les explosions de son moteur turbo essence sont exclusivement thermiques. En effet, le 1.6 T-GDi de mon essai est uniquement à combustion interne. Pas même microhybride ou que sais-je. Non, du pur jus de pétrole. Il envoie 150 ch vers les roues avant grâce à une boîte robotisée à double embrayage à 7 rapports. Évidemment, au niveau CO2 (145 g/km), cela tue toutes les ambitions fiscales dans les contrées devenues allergiques aux hydrocarbures. Pour cela, il y a une variante MHEV 1.0 l de 115 ch à 128 g CO2/km.

Revenons au 1.6 l pas HEV pour un sou. Pour un boomer de mon espèce, entendre un vrombissement permanent, cela reste malgré tout un plaisir. Immoral en 2026 ? Sans doute aux yeux de certains. Pourtant, malgré la fumée et les claquements des pistons, la Kia K4 a une douce saveur. Celle d’une accélération linéaire avec un petit temps de latence disparue des électriques. Le tympan peut deviner la vitesse au son des cylindres, au grand bonheur de l’oreille interne. Et les palettes au volant ne vont pas changer la régénération au freinage (il n’y en a pas), mais juste les rapports en mode manuel. Le frein, c’est avec le régime moteur, l’inertie mécanique et le pied droit.

Pilotage contrôlé
La Kia K4 n’est pas seulement une voiture aux émotions nostalgiques d’une époque bien révolue. Une fois le bouton Start au pied de la console activé, la K4 est un animal qui s’éveille. Cette automobile vit. C’est une vraie usine à sensations grâce à un truc tout bête : la position de conduite. On est assis bien bas, proche du bitume. Cela change tout au niveau de la perception de vitesse. D’autant que le châssis est réglé au cordeau pour rester en contact avec la réalité du terrain sans être un supplice dorsal. Certaines irrégularités feront un coucou brutal par moment, mais globalement, le bilan est bon. Une histoire de compromis.

Le poste de conduite est parfaitement pensé. Le conducteur n’a que peu de mouvements à faire pour les commandes essentielles. En bonne Kia, la K4 coupe la chique à ISA (l’alerte de dépassement de vitesse toujours aussi dépassée par la signalisation) en laissant le doigt enfoncé quelques secondes sur le bouton Mute du volant. Pas de chichis ou de commodo alternatif. On est dans le grand classique avec un bon vieux levier sélecteur pour la boîte et de vrais boutons rangés par catégorie. Et deux d’entre eux sont personnalisables. Bien ! Seul hiatus dans ce tableau, propre aux Kia récentes, l’écran de climatisation intercalé entre le combiné numérique et la dalle centrale, est caché en partie par le volant…

La tribu
Compte tenu de son aversion aux ions, la Kia K4 ne va pas envahir les flottes d’entreprise. Par contre, les familles encore adeptes de la combustion interne sauront apprécier son habitabilité. La Coréenne est accueillante pour 4 personnes. Seul le 5e invité sera puni, comme tellement souvent à bord des voitures, avec une position centrale étriquée. Notez que le système multimédia, compatible Android Auto et Apple CarPlay, dispose d’une app intégrée YouTube. Comme il n’est pas nécessaire de la recharger et qu’un plein ne prend que 3 minutes, il faudra vraiment aimer sa voiture pour regarder des vidéos à son bord.

La Kia K4 saura aussi protéger les occupants par ses aides à la conduite. Celles-ci sont bien calibrées pour laisser le conducteur maître du jeu. Il ne devra guère quitter les yeux de la route avec l’affichage tête haute et – on le rappelle – la bonne ergonomie générale. Et comme on s’y sent bien, on finit par se laisser guider. Tout bon pour la sobriété. Officiellement, la Kia K4 1.6 T-GDi a besoin de 6,4 l/100 km. Sans forcer le 4-cylindres à jouer le ténor et sans m’ennuyer, j’ai réussi à m’en tenir à 6,5 l/100 km. En titillant un peu plus son caractère, cela pouvait monter à plus de 7,5 l/100 km et même frôler ou dépasser les 8 l/100 km. Un conducteur lambda et prudent pourra se tenir à moins de 7 l/100 km en moyenne.

Anti-SUV
Cette berline hatchback, à l’arrière bien allongé, dispose d’un coffre généreux de 438 l. En retirant la tablette et en rabattant les sièges arrière, on arrive alors à caser 1217 l. Attention, ceci est vrai pour cette variante 100 % thermique. La déclinaison hybride se contentera de 328 l et 1107 l. C’est quand même pas mal. Mais si vous en voulez plus, Kia prépare l’arrivée d’une K4 break pour l’été 2026. De quoi définitivement abandonner le SUV ?

Il est vrai que la Kia K4 n’a rien à envier aux voitures hautes par sa place pour les passagers et les valises. Sa taille en longueur non plus. Ce qui n’est pas un avantage en ville pour trouver une place dans une rue de la vieille cité. Par contre, sa conduite est quand même plus savoureuse. Reste qu’un tel profil ne peut effacer une nécessité propre à son gabarit. Celle de devoir se pencher et d’avoir de bons genoux pour entrer et sortir. Un siège proche du sol, cela impose une certaine forme physique. C’est moins pire que dans un coupé sportif ou une supercar. Mais les vieux os et les muscles endoloris vont manifester. À vous (et à votre kiné) de voir. Toutefois, au volant, la K4 m’a vraiment amusé. Surtout que les modes de conduite étant peu différenciés, c’est encore la tête et les jambes qui décideront du tempérament de la berline.

Tarification
N’espérez pas la moindre largesse du fisc, les vapeurs d’essence énervent les comptables de l’État. Néanmoins, le prix d’achat reste attractif par rapport à une VE. Le modèle d’entrée de gamme 1.0 l de 115 ch non hybride débute à 28.000 € environ. Pour un peu plus de 2000 € en plus, la K4 est microhybride. C’est un peu plus cher encore pour le 1.6 l de 150 ch aux alentours des 36.000 € et même 39.000 € si on veut 180 ch. Revenons toutefois au modèle essayé ici.

En Belgique, la même Kia K4 1.6 T-GDi 150 ch GT-Line débute à 37.690 €. Avec la même couleur (800 €), la sellerie luxe avec sièges premium en cuir végan et inserts blancs (900 €), le pack Tech avec affichage tête haute et caméras à 360° (1700 €) et le toit ouvrant (900 €), on culmine à 41.990 €. Pour les taxes, la TMC ou la BIV va vous dérober un bon 1000 € lors de l’immatriculation. Au Grand-Duché de Luxembourg, cette même voiture coûte 40.600 €.

En France, avec les pénalités fiscales (de mauvais aloi), Kia n’ose même pas la proposer dans ses concessions. Si le cœur vous en dit, vous pouvez toujours l’importer d’un autre pays de l’UE. En Suisse, la GT-Line est réservée à la version de 180 ch (àpd 41.950 CHF). Il faut se rabattre sur la finition Power pour rester à 150 ch, sans cuir végan. L’étiquette devrait tourner autour des 38.000 CHF. Malgré la pression fiscale de la taxe BPM, Kia Nederland vend la K4 aux Pays-Bas. Mais pas avec le 1.6, il faut se contenter du 1.0 l MHEV de 115 ch. Avec la finition GT-Line, la berline est vendue au prix de… 44.550 €. Il y a aussi la finition GT-Line Plus à 47.000 €. Et vu le prix de l’essence outre-Moerdijk, cela devient presque une voiture de luxe. Au Royaume-Uni, enfin, en Sapphire Blue, c’est 32.715 £.

Verdict
Ça fait vroum, ça accélère en suivant une courbe de couple (250 Nm entre 1500 et 3500 tr/min) et c’est près de la route. La Kia K4 semble rouler à contre-courant de la production électrifiée actuelle. Pourtant, elle a la saveur d’un passé pas si lointain où l’on retrouve des sensations de moins en moins présentes dans la production automobile de 2026. C’est ça le charme de la K4 sans la moindre aide électrique. Elle reste pourtant une voiture moderne avec les ADAS (aides à la conduite), la signature lumineuse et les écrans dignes du XXIe siècle.

Agréable à mener sur la route, ergonomique et accueillante, la Coréenne ne manque pas d’adresse. Ni de bienséance pour les occupants. Même si un toit à 1,44 m du sol impose un peu de culture physique pour profiter de son habitacle ou pour revenir à l’air libre. Avec son coffre pas chiche du tout et son réservoir de 47 l, on peut espérer voguer tranquillement à la découverte de nouveaux paysages pendant plus de 600 km avant de mettre le pistolet de sans-plomb 3 minutes dans l’embout. Un exercice au coût trop prohibitif en ces temps incertains. Avec un fisc aux dents longues, le prix d’achat attractif risque de ne pas faire le poids au fil du temps. Dommage, parce que je l’aime bien, moi, cette K4. OK, boomer ?

Texte et photos : © Olivier Duquesne

