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Le sexisme avéré de l'intelligence artificielle

  • 23 juin 2026 12:00

L’intelligence artificielle promettait l’objectivité. Elle reproduit surtout de vieux réflexes. Derrière les démonstrations spectaculaires et le langage lisse des assistants génératifs, une réalité bien encombrante s’impose : les systèmes d’IA restent traversés par des biais de genre qui pénalisent d’abord les femmes.

L’alerte vient notamment d’ONU Femmes, qui rappelle que l’IA ne crée pas ces préjugés à partir de rien. Elle les apprend, les compile, puis les redistribue à grande vitesse. Dans l’échantillon cité par l’organisation sur son site espagnol (news.un.org/es), 133 systèmes d'IA ont été scannés : 44% présentaient des biais de genre, et 26% combinaient biais de genre et de race. Le constat est sans appel : la machine n’est pas neutre, elle est souvent un miroir grossissant de la société qui l’a entraînée.

Le problème commence dans les mots, mais il ne s’arrête pas là. Les grands modèles de langage associent encore les femmes au foyer, aux enfants et à la sphère domestique, pendant qu’ils réservent aux hommes les affaires, le pouvoir et la carrière. Pire, près d’une réponse sur cinq générée en réponse à des prompts sur le genre reproduisait des propos sexistes ou misogynes. Autrement dit, l’IA n’est pas seulement biaisée : elle donne parfois une version “augmentée” du sexisme ordinaire.

Cette dérive s’explique aussi par la structure du secteur. L’EIGE (European Institute for Gender Equality, en français Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes) rappelle que le sexisme repose sur des croyances et des rôles assignés aux femmes et aux hommes. Or l’IA est encore conçue, entraînée et gouvernée dans des environnements où les femmes restent minoritaires. ONU Femmes estime qu’elles ne représentent qu’environ 30% de la main-d’œuvre mondiale liée à l’IA, une sous-représentation qui limite dès l'amont leur influence sur les choix techniques et politiques.

Le sexisme algorithmique devient particulièrement visible dans la publicité, les médias et les contenus générés automatiquement. Au Royaume-Uni, 88% des agences de publicité et de médias utilisent déjà l’IA générative sous une forme ou une autre, mais seule une minorité procède à une supervision humaine systématique avant publication. Le résultat est connu : des campagnes “créatives” qui recyclent des clichés, des visuels qui renforcent les stéréotypes, et des décisions prises sans contre-pouvoirs suffisamment présents.

Le sujet est aussi tristement concret dans la sphère numérique. Les deepfakes, la diffusion non consentie d’images intimes et le harcèlement facilité par IA frappent particulièrement les femmes journalistes, militantes et défenseuses des droits. ONU Femmes souligne qu’une part importante d’entre elles a déjà subi des violences en ligne facilitées par ces outils. L’IA n’invente pas cette violence, elle en industrialise les moyens.

Et le risque est également économique. Les femmes travaillant hors du secteur technologique ont presque deux fois plus de chances que les hommes d’occuper des emplois exposés à l’automatisation. L’Organisation Internationale du Travail souligne ainsi les inégalités de genre générées par l'IA  dans le monde du travail.

Une conclusion s’impose : l’IA ne deviendra pas égalitaire par accident. Il faudra la surveiller et la corriger.

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