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Serviettes hygiéniques en fibres de bananier pour les femmes sans-abri : un projet qui redonne dignité

  • 30 mai 2026 15:11

Contraintes d’utiliser du papier ou des bouts de tissu pendant leurs règles, de nombreuses femmes sans-abri n’ont aucun accès à des protections adaptées. C’est pourquoi la designer brésilienne Rafaella de Bona Gonçalves a créé des serviettes et tampons biodégradables à partir de résidus de bananier, leur garantissant dignité et droit à l’hygiène.

Rompre le silence autour de la précarité menstruelle en commençant par des femmes sans domicile : c’est l’idée qui a guidé le travail de la jeune designer brésilienne Rafaella de Bona Gonçalves, devenue internationalement célèbre pour avoir conçu des serviettes et des tampons biodégradables (fabriqués à partir de résidus de bananier) pensés avant tout pour celles qui vivent dans la rue et n’ont pas accès aux produits d’hygiène de base.

Son projet est né à l’université, lors d’un cours consacré aux Objectifs de développement durable de l’ONU. Au départ, Rafaella de Bona Gonçalves avait décidé d’étudier les différentes formes de pauvreté présentes dans les villes brésiliennes. Mais c’est sa rencontre avec les femmes sans-abri de Curitiba qui a tout changé.

En discutant avec ces femmes, la jeune designer a découvert à quel point les règles peuvent se transformer en problème sanitaire, psychologique et social en l’absence de toilettes sécurisées, d’eau courante et de protections menstruelles. Beaucoup utilisent des morceaux de tissu, du papier ou tout autre matériau de fortune, souvent dans des conditions d’hygiène très précaires. D’autres renoncent à sortir ou à chercher du travail pendant leurs règles. Une réalité peu racontée, mais présente dans un grand nombre de villes à travers le monde.

Le projet "Maria" pour celles qui vivent dans la rue

C’est de cette prise de conscience qu’est né "Maria", un tampon hygiénique biodégradable réalisé à partir de fibres de bananier, un matériau issu des résidus agricoles abondants au Brésil. Le produit a été spécialement conçu pour s’adapter aux conditions de vie des femmes sans-abri : pas de plastique, pas d’applicateurs complexes, aucune nécessité de lavage ou de stérilisation. Le format rappelle un rouleau de papier toilette : le matériau peut être détaché, enroulé et façonné en différentes tailles selon les besoins de chacune. L’attention portée aux personnes les plus vulnérables est au cœur de tout le projet. En effet, les femmes qui vivent dans la rue ne disposent souvent même pas des sous-vêtements nécessaires pour utiliser une serviette hygiénique classique, ni de lieux adaptés pour laver des coupes menstruelles réutilisables.

C’est pourquoi Rafaella de Bona Gonçalves a travaillé sur des solutions pratiques, économiques et accessibles, en partant d’une écoute directe des besoins réels et non d’une approche théorique ou commerciale.

Écoresponsabilité et innovation sociale

Par la suite, le projet a évolué vers une gamme de produits multifonctions : des serviettes biodégradables pouvant être utilisées à la fois comme protège-slips externes ou transformées en tampons grâce à des perforations intégrées. Les matériaux choisis (fibres de bananier, bambou, cellulose et mousse de soja) répondent aussi à une autre urgence : l’urgence environnementale. Les protections menstruelles classiques contiennent de grandes quantités de plastique et mettent des centaines d’années à se dégrader.

Pour financer la distribution gratuite auprès des personnes les plus vulnérables, la designer brésilienne a également développé un modèle social "un acheté, un offert" : chaque produit acheté permet d’en donner un à quelqu’un qui ne peut pas se le permettre.

La production implique des coopératives de femmes qui récupèrent les fibres végétales et offrent un emploi à des femmes en situation de grande fragilité économique, créant ainsi une filière qui conjugue inclusion sociale, économie circulaire et droits fondamentaux.

La reconnaissance internationale

Le projet a rapidement attiré l’attention internationale. En 2022, l’Office européen des brevets a nominé Rafaella de Bona Gonçalves parmi les finalistes du Young Inventors Prize, reconnaissant la portée sociale et environnementale de son innovation. Pourtant, pour la designer, l’enjeu ne se limite pas à la création d’un produit durable. L’objectif est, avant tout, de rendre visible une forme d’inégalité souvent ignorée.

La précarité menstruelle touche chaque mois des centaines de millions de personnes dans le monde et ne concerne pas seulement l’accès aux protections hygiéniques, mais aussi la dignité, la santé et la possibilité de participer à la vie sociale sans stigmatisation. Dans un monde où les menstruations restent un tabou, le projet de Rafaella de Bona Gonçalves démontre comment le design peut devenir un outil de justice sociale. Il rappelle que l’hygiène menstruelle ne doit pas être un luxe, mais un droit fondamental.

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