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Soupe bouillante quand il fait 40 degrés : la philosophie coréenne qui bouscule notre manière d’affronter l’été

  • 08 juin 2026 12:01

Quand le thermomètre dépasse les 35 ou 40 degrés (Celsius), la réaction, dans une grande partie du monde, est quasi automatique : on se rue sur les boissons glacées, les salades fraîches et les mets légers. En Corée du Sud, en revanche, c’est l’inverse qui se produit. Les jours les plus torrides de l’année, des milliers de personnes s’attablent dans les restaurants pour déguster une soupe de poulet au ginseng fumante, servie encore bouillante.

À première vue, cela ressemble à un non-sens. Pourtant, derrière cette habitude se cache une philosophie ancienne qui continue d’influencer le rapport des Coréens à la chaleur estivale. En Corée du Sud, cette méthode s’appelle le "iyeol chiyeol" (이열치열), une expression qui peut être traduite par "combattre la chaleur par la chaleur". Selon cette approche, exposer le corps à une source de chaleur contrôlée aide à rétablir l’équilibre interne et à affronter les températures extérieures élevées.

L’idée trouve son origine dans la médecine traditionnelle d’Asie orientale, qui considère le bien-être comme le résultat d’un équilibre entre des énergies et des forces opposées. Lorsque la chaleur extérieure devient excessive, l’organisme perd de l’énergie à travers la transpiration et la fatigue. Consommer un aliment chaud et nourrissant serait donc un moyen de reconstituer les ressources du corps et de favoriser une meilleure capacité d’adaptation aux conditions climatiques.

La soupe, symbole de l’été coréen

Le plat qui incarne le mieux cette philosophie est le “samgyetang”, une soupe préparée avec un coquelet entier farci de riz gluant, d’ail, de jujubes et de ginseng. Le tout mijote lentement jusqu’à l’obtention d’un bouillon riche et parfumé.

Paradoxalement, le “samgyetang” n’est pas considéré comme un plat d’hiver, mais comme l’un des mets estivaux par excellence. Traditionnellement, cette soupe est consommée durant les “sambok”, les trois jours les plus chauds du calendrier coréen, lorsque chaleur étouffante et humidité atteignent des niveaux particulièrement élevés.

Ces jours-là, les restaurants spécialisés affichent souvent de longues files d’attente, de clients venus chercher leur bol de bouillon fumant.

Au-delà de la tradition : ce que dit la science

L’habitude coréenne peut sembler contre-intuitive, mais certaines études ont mis en évidence un possible fondement physiologique. Une recherche de l’Université d’Ottawa, citée par plusieurs experts en alimentation, a montré que boire des liquides chauds peut augmenter la transpiration et favoriser la dispersion de la chaleur corporelle grâce à l’évaporation de la sueur. Dans certaines conditions environnementales, ce mécanisme peut procurer une sensation de fraîcheur plus efficace que celle apportée par une boisson très froide.

Naturellement, le bénéfice dépend de différents facteurs, parmi lesquels le niveau d’humidité et la capacité de la sueur à s’évaporer correctement. Cela ne signifie pas pour autant qu’une soupe brûlante soit toujours la solution idéale, mais cela permet de comprendre pourquoi des cultures différentes ont développé des stratégies apparemment opposées pour affronter la chaleur.

Une conception différente du bien-être

Pour de nombreux Coréens, le “samgyetang” n’est pas seulement un repas : c’est un véritable fortifiant, associé à l’idée de récupérer les énergies perdues pendant l’été. Le ginseng, en particulier, occupe une place centrale dans la culture culinaire du pays et est traditionnellement lié à la vitalité et à la résistance physique.

La logique n’est pas de chercher un soulagement immédiat face à la chaleur, mais d’aider le corps à réagir plus efficacement au stress climatique. Une différence culturelle significative par rapport à l’approche occidentale, qui a plutôt tendance à privilégier le refroidissement rapide grâce aux boissons froides, à la climatisation et aux mets légers.

Une leçon culturelle qui va au-delà de l’assiette 

L’habitude coréenne de manger de la soupe brûlante en plein été montre que le rapport au climat est aussi une construction culturelle. Ce qui, en Europe, peut sembler absurde est perçu, en Corée, comme une pratique de bon sens transmise de génération en génération.

Plus qu’une simple curiosité gastronomique, le “samgyetang” raconte une autre manière d’aborder le bien-être : ne pas s’opposer à la nature, mais chercher à entrer en résonance avec elle. Et ainsi, tandis que nous luttons contre les 40 degrés à coups de granités et de boissons glacées, à Séoul certains affrontent la même chaleur devant une soupe fumante, convaincus que la meilleure façon de vaincre la chaleur est de la traverser.

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