L’essor du vélo à assistance électrique a longtemps été présenté comme une bonne nouvelle pour la santé publique. Mais une étude néerlandaise récente nuance ce tableau : selon le mode choisi, le VAE peut soit vous rapprocher des recommandations de l’OMS, soit réduire votre effort à la portion congrue.
Un quart de l’effort en mode turbo
Des chercheurs de l’université de Twente ont mesuré finement l’effort fourni sur un VAE en laboratoire, sur piste et en conditions réelles. Équipés de capteurs de puissance aux pédales, de cardiofréquencemètres et de masques à oxygène, les cyclistes ont permis de quantifier l’énergie réellement dépensée en fonction du mode d’assistance. Verdict : en mode turbo, l’utilisateur ne fournit qu’environ 25% de l’énergie nécessaire sur un vélo classique, avec une fréquence cardiaque proche du niveau de repos. Autrement dit, le moteur fait presque tout le travail, au point qu’un quart d’heure de shopping peut parfois coûter plus d’énergie qu’un quart d’heure en VAE en assistance maximale.
À l’inverse, le mode éco maintient une demande physiologique substantielle. Selon l’étude néerlandaise, il représente entre 70 et 77% de l’effort d’un vélo traditionnel, un niveau proche d’une activité d’intensité modérée au sens des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé. De nombreux travaux montrent d’ailleurs que des séances répétées à cette intensité, même plus courtes que sur un vélo classique, améliorent la condition cardiovasculaire et réduisent le risque de mortalité prématurée.
Quand le VAE remplace… le vélo
Dans les pays peu cyclables, le bilan est plutôt positif : le VAE remplace surtout la voiture ou les transports publics, ce qui augmente mécaniquement l’activité physique des usagers. Mais aux Pays-Bas, et de plus en plus en France, le vélo électrique se substitue au vélo mécanique, notamment sur les trajets domicile-travail. Or, si l’on passe d’un vélo classique à un VAE utilisé majoritairement en mode turbo, la dépense énergétique s’effondre et l’on perd une grande partie des bénéfices santé du cyclisme quotidien.
Ce basculement est d’autant plus préoccupant que les ventes de VAE ont dépassé les 800 000 unités en France en 2024, témoignant d’une diffusion massive dans les usages du quotidien. Des études menées dans plusieurs villes européennes montrent toutefois que les e-cyclistes roulent souvent plus loin et plus souvent, ce qui compense en partie l’intensité moindre de l’effort. Le véritable enjeu devient alors de guider les usagers vers des réglages d’assistance qui maximisent ce compromis entre confort, distance et dépense physique.
Du bon usage
La question n’est donc pas de savoir si le vélo électrique est "bon" ou "mauvais" pour la santé, mais comment on l’utilise. Pour les enfants, qui ont besoin d’efforts intenses et variés, le VAE n’apporte que peu de bénéfices et risque même de réduire leur activité globale. Pour un lycéen parcourant 20 km qu’il ferait sinon en voiture, ou pour un senior qui n’oserait plus prendre un vélo classique, l’assistance devient en revanche un formidable levier contre la sédentarité.
Les chercheurs plaident pour des systèmes d’"assist as needed" ("assistance en fonction des besoins"), où le moteur n’interviendrait qu’en côte, face au vent ou lorsque la fréquence cardiaque grimpe au-delà d’un seuil défini, via une montre connectée. Quelques vélos de course électriques haut de gamme expérimentent déjà ce principe, mais ils restent marginaux sur le marché grand public. En attendant une démocratisation de ces technologies, le conseil est simple : réserver le mode turbo aux situations réellement pénibles, privilégier le mode éco au quotidien, et garder en tête que sur un VAE, comme ailleurs, le confort maximal se paie souvent en calories en moins.
