L’histoire bégaie parfois de la plus belle des manières. Un demi-siècle après avoir transformé la R5 originelle en bête de course, Alpine, le constructeur au A fléché, récidive avec la Renault 5 E-Tech. Cette nouvelle itération, baptisée Alpine A290, promet d’injecter de l’adrénaline dans la citadine branchée en piochant dans la banque d’organes maison. Mais ce changement de blason suffit-il à justifier l’écart de tarif et à faire vibrer la corde sensible des passionnés ?
La Renault 5 électrique séduit déjà les foules, mais l’Alpine A290 explore un registre nettement plus déluré. La carrosserie a pris du muscle, étirant ses ailes pour gagner quelques précieux millimètres de largeur. La signature lumineuse en croix fait directement écho aux scotchages des phares de rallye d’antan. Sous la peau, les ingénieurs ont revu la copie avec des voies élargies, des butées hydrauliques spécifiques et un système de freinage piqué à l’A110. Côté cœur, on oublie le bloc de la R5 pour greffer celui du Scénic, tout aussi électrique. Et c’est ainsi que j’ai pris le volant de la version GTS, forte de 218 ch (160 kW) et 300 Nm, alimentée par la pile de 52 kWh utiles.
Sur les rails
Comme toujours avec les watts, le réveil se fait dans un silence monacal. Il faut d’abord dénicher le démarreur, niché entre les deux dalles numériques. Une pression sur le sélecteur D et l’A290 dévoile immédiatement son couple généreux. Pourtant, la cavalerie de près de 220 ch manque un peu de folie explosive. Deviens-je blasé ? Mes passagers, moins rompus aux exercices sportifs, eux, ont tout de même ressenti le coup de pied aux fesses (0 à 100 km/h en 6,4 s).
Reste que la Française peine à faire oublier sa masse plutôt conséquente pour son gabarit : 1,5 tonne. Le caractère s’affirme heureusement en mode Sport, surtout si l’on sollicite le bouton rouge « Overtake » au volant. Là, la poussée devient franche, bien que trop éphémère à mon goût. Mais quand on parle anglais, on comprend pourquoi. Overtake veut dire dépasser… Alpine a aussi travaillé une ambiance sonore artificielle pour accompagner l’effort. Ces sonorités rythment la conduite, mais leur mélodie reste timide et ne remplacera jamais le chant d’un bon vieux moteur thermique.
Loin d’être une simple avaleuse de bitume, cette A290 mise tout sur son agilité. Avec sa répartition des masses de 57/43, la bombinette peut se montrer trépidante quand on la brusque, suspension sport oblige. Elle préserve néanmoins un confort très acceptable sur les billards asphaltés. Le grip est assuré par des gommes Michelin Pilot Sport S5 développées sur mesure.
On peut saluer la calibration de l’antipatinage, franchement réussie. Même constat pour la gestion de l’arrivée du couple. La voiture se mue alors en danseuse étoile, enchaînant les virages avec brio. Ses mouvements n’ont rien de vulgaire. Elle décroche progressivement, tout en retenue, sans jamais vous piéger. C’est idéal pour s’amuser au volant sans avoir des sueurs froides.
Je regrette juste la jante du volant, un peu trop épaisse (pour mes mains ?), qui gâche légèrement le ressenti. Sur le réseau secondaire, on ajuste le tempérament de l’auto via les quatre modes « Save, Normal, Sport et Perso » accessibles sur le volant. Une autre commande permet de doser la régénération d’énergie au lever de pied. Cela influence directement le transfert de charge au freinage. Un bouton physique, situé à gauche entre la portière et la colonne de direction, active vos préférences d’aides à la conduite. Une bénédiction qui permet, en deux pressions, de couper l’insupportable alerte de survitesse.
Road trip
Avec ses 4 mètres de long, la puce revendique une autonomie WLTP de 364 km. Une portée qui diminue logiquement sur voie rapide, sans pour autant s’effondrer totalement. J’ai pu envisager sereinement des étapes autoroutières de plus de 200 km à température automnale. La pompe à chaleur fournie de série n’y est pas étrangère.
Cela dit, l’A290 préfère largement les cols de montagne aux lignes droites interminables. Pour les geeks de la conduite, Alpine a intégré un système de télémétrie complet. Un coach virtuel est même là pour vous aider à limer vos trajectoires.
Côté appétit, c’est la lourdeur de votre pied droit qui fera osciller la consommation moyenne entre 16 et 20 kWh/100 km. Une fois branchée, la batterie se remplit assez vite jusqu’à 80 %, acceptant des pics à 100 kW. L’interface tourne sous Android Automotive et propose des applis de streaming comme TF1+ ou HBO Max. Pourtant, la pause recharge ne dure guère plus longtemps qu’un épisode de Courage, le chien froussard. N’espérez pas vous refaire l’intégrale d’Harry Potter pendant le plein !
Hands up in the air
Le système Hi-Fi Devialet de la finition GTS offre une immersion sonore impressionnante. L’effet est saisissant ! Ça envoie du lourd que ce soit avec vos playlists ou la radio. L’ensemble s’appuie sur 9 haut-parleurs, un caisson de basses de 20 cm et une amplification de 615 W. Inutile d’encombrer le coffre avec une enceinte externe branchée sur la prise V2L. D’abord parce que l’A290 a du coffre vocalement, mais surtout parce que la soute est riquiqui.
On part de 326 litres (1000 litres banquette rabattue), mais cette version perd 26 litres à cause du caisson, sans compter les câbles. Quant à l’habitabilité, l’Alpine ne fait pas de miracles et reste une R5 à l’arrière. Les grands gabarits s’y sentiront à l’étroit.
À quel prix ?
En ce début d’année 2026, s’offrir ce concentré de nostalgie demande un effort financier certain. En Belgique, l’A290 GT de base grimpe désormais à 39.500 €. Pour la GTS, l’addition passe à 45.700 €, incluant la fameuse sono Devialet et le cuir Nappa.
Notre modèle d’essai, bardé d’options comme le bleu Alpine Vision ou les jantes 19 pouces, frôle désormais les 49.000 €. Au Grand-Duché de Luxembourg, la GT s’affiche à 38.200 € tandis que la GTS réclame 44.200 €. Les tarifs français, eux, débutent à 36.100 € pour la GT et grimpent à 42.100 € pour la version plus musclée hors bonus écologique.
En Suisse, il faut compter un billet d’entrée de 38.900 CHF pour la GT et de 44.900 CHF pour la GTS. Aux Pays-Bas, la fiscalité porte le ticket d’entrée à 39.900 € pour la GT et 45.900 € pour la GTS. Enfin, outre-Manche, nos amis britanniques doivent débourser environ 33.500 £ pour accéder à la gamme, la GTS se négociant autour de 38.500 £. Notez que partout, le câble pour prise domestique et l’adaptateur V2L restent des options payantes.
Verdict
Au terme de cet essai, l’Alpine A290 prouve qu’elle est bien plus qu’une R5 en tenue de sport. Elle réussit le pari de distiller du plaisir de conduite dans un univers électrique souvent aseptisé, grâce à un châssis affûté et un train avant mordant qui donne le sourire aux lèvres dès le premier virage. C’est une voiture « coup de cœur », attachante et ludique, qui soigne son look autant que son comportement dynamique pour séduire une clientèle à la recherche d’exclusivité.
Cependant, ce charme indéniable se paie au prix fort pour une citadine dont la polyvalence reste limitée par une autonomie juste correcte pour les longs trajets et une habitabilité arrière restreinte. Si elle n’a pas la polyvalence d’une routière, elle s’impose comme un jouet technologique abouti pour le quotidien, capable de transformer chaque virage en acte de bravoure.
(Texte et photos : © Olivier Duquesne)
Olivier Duquesne


















