C’est un joli clin d’œil du destin. Au moment précis où je prenais les clés de la nouvelle Mercedes CLA, le jury européen la sacrait "Voiture de l’année 2026" à Bruxelles. C’est donc avec la lauréate du prestigieux COTY que j’ai pu parader aux abords du Salon de Bruxelles. Et quelle parade au volant de ce coupé dans une version électrique !

Sous une météo hivernale capricieuse, typiquement belge, ce coupé quatre portes a dû affronter la neige avec… des pneus été. Une situation idéale, ou presque, pour jauger cette nouvelle architecture MMA de la Mercedes CLA 250+ qui marque un tournant stratégique pour l’Étoile. Si la plateforme accepte l’hybride, c’est bien la version 100 % électrique en 800 V qui m’attendait. Avec son moteur arrière de 200 kW (272 ch), elle promettait d’avaler les bornes sans broncher.

Mode frigo
Sous le plancher, la belle CLA cache une batterie NMC de 90 kWh (dont 85 kWh utiles). Sur le papier, c’est impressionnant : 748 km d’autonomie WLTP, voire 792 km selon la configuration. La recharge promet aussi des étincelles avec une puissance de pointe annoncée à 320 kW. Sauf que la théorie s’est heurtée à la réalité d’un hiver rigoureux. Stationnée dehors, battue par les vents du plateau du Heysel, la CLA 250+ a vu ses cellules refroidir sérieusement (0 à 5°C au démarrage). Si l’autonomie a tenu le choc, la recharge fut une autre paire de manches.

Mercedes propose un préconditionnement automatique via le GPS. Une excellente idée, sur le principe. Hélas, l’expérience fut laborieuse. Malgré la destination encodée, la courbe de charge n’a jamais décollé au-delà des 100 kW, plafonnant même à 70 kW par -2°C, et ce, même avec une batterie quasi vide. Oubliez donc les arrêts express de 10 minutes. Une activation manuelle du chauffage de la batterie aurait été salvatrice. C’est rageant, surtout quand on sait que par temps doux, elle accepte sans broncher plus de 200 kW, pliant l’affaire en un quart d’heure. À domicile, le chargeur embarqué de 11 kW (22 kW en option) fera le job plus sereinement.

Rouleuse
Côté endurance, en revanche, la Mercedes CLA électrique assure. Il est rare de voir une jauge sous les 50 % promettre encore 200 km de répit sur autoroute. Si les 700 km WLTP restent un fantasme de laboratoire ou de citadin au pied de plume, tabler sur 600 km en mixte est réaliste (500 km par grand froid). Cela autorise des relais de 3 à 4 heures sur autoroute avant de chercher une borne. En optimisant les pauses café toutes les deux heures par une petite recharge, le voyage file sans cette désagréable sensation de temps perdu.

Ma consommation a navigué entre 16,1 et 20,7 kWh/100 km, pour se stabiliser à une moyenne honnête de 17,4 kWh/100 km, bien aidée par la pompe à chaleur. Pour les plus sages, le mode Eco bridera les ardeurs de l’Allemande. À l’inverse, pour ceux qui veulent du spectacle, des ambiances sonores artificielles accompagnent les accélérations, allant du grondement pseudo-thermique "Roaring Pulse" aux sifflements futuristes du "Vivid Flux".

L’allumage se fait sans clé ni carte : pied sur le frein, sélecteur enclenché, et c’est parti. L’instrumentation numérique s’articule autour de deux grands cadrans, affichant la vitesse et la puissance utilisée. Le volant, lui, conserve ces fameuses touches haptiques. Certes, l’ergonomie progresse un peu en autorisant le clic plutôt que le balayage pour le volume ou le régulateur, mais leur sensibilité reste source de quelques jurons.

Tout va bien, merci !
La jante du volant, épaisse juste ce qu’il faut, offre une bonne préhension. La direction, bien que manquant un chouïa de consistance, place l’auto avec précision. Et c’est là que le sourire revient : la Mercedes CLA est une propulsion, une vraie. Les 200 kW (272 ch) et les 375 Nm de couple déboulent sur le train arrière. Avec un châssis joueur, sur chaussée humide, l’arrière-train ne demande qu’à enrouler, parfois sans qu’on l’y invite. L’électronique veille, bien sûr, mais un pilotage attentif reste de mise.

Attention tout de même aux fantaisies des assistances. J’ai eu droit à deux frayeurs : une tentative de sortie du Ring décidée unilatéralement par la voiture, exigeant un coup de volant viril pour rester sur ma voie, et un arrêt d’urgence inopiné, car l’auto me croyait évanoui. Il a fallu secouer le volant et appuyer sur l’accélérateur pour la rassurer. Note pour plus tard : chanter "Born to Be Wild" en dodelinant de la tête semble être la seule façon de prouver sa vigilance au système.

Le stationnement automatique, lui, est bluffant. La Mercedes-Benz CLA gère tout : créneau, volant, pédales. On surveille l’écran, le pied près du frein au cas où, mais elle assure. Idem pour sortir de la place. À bord, les sièges accueillants offrent une multitude de réglages. Petit bug agaçant : la mémoire des positions a parfois flanché, m’obligeant à passer par l’écran central pour appuyer sur l’icône siège, puis sur 1, 2 ou 3, avant de pouvoir conduire correctement ! Sur ce même écran, une icône salvatrice (panneau 60) permet de couper l’alerte de survitesse d’une simple pression. Bien vu.

Le typage du châssis n’est pas celui d’un tapis volant. L’amortissement est ferme, conçu pour verrouiller la caisse sur autoroute et enchaîner les virages. On sent la route, mais les filtrations restent correctes. Le freinage encaisse bien le poids, et la régénération se module via le sélecteur derrière le volant. Cela dit, la CLA 250+ with EQ Technology s’apprécie mieux en laissant filer l’auto sur son inertie, offrant une conduite fluide sans angoisse pour l’autonomie tout en ressentant de vraies sensations de "pilotage" avec une marge de manœuvre en conduite anticipative.

Ambiance, ambiance
Coupé oblige, les vitres sans encadrement descendent légèrement à l’ouverture. Esthétique, mais piégeux quand le gel s’en mêle et bloque le mécanisme. J’ai failli conduire fenêtre ouverte par -2°C ! L’accès à bord demande un peu de souplesse, on est loin de la montée facile d’un SUV. Mais une fois calé dans les sièges sport, au ras du sol, quel bonheur de faire corps avec la machine. La finition alterne le très bon et quelques plastiques rigides, le tout baigné dans une ambiance lumineuse ultra-personnalisable.

Côté pratique, la CLA ne démérite pas malgré son profil. Outre le coffre arrière de 405 l, elle propose un vrai "frunk" de 110 l à l’avant. Idéal pour les câbles, mais aussi pour un sac de voyage. La banquette se rabat, mais l’absence de hayon limite le chargement d’objets encombrants. À l’arrière, l’assise est basse et les bruits d’air se font entendre, même aux places avant.

MBUX
L’interface MBUX reste la pièce maîtresse, fidèle aux dalles géantes. Si l’écran passager manquait à l’appel sur notre modèle, le système reste complet. Notez que pour préconditionner la batterie, il faut impérativement utiliser le GPS natif, Google Maps ou Apple Plans ne communiquant pas avec l’auto. Certains services connectés passeront par la case abonnement après 3 ou 7 ans.

L’affichage tête haute est en option, dommage. En revanche, on trouve une caméra intérieure pour la reconnaissance faciale ou les selfies (avec clé USB). Cette débauche technologique, couplée à la calandre illuminée, assoit le statut premium de l’auto. Pour l’audio, les mélomanes devront signer un chèque de 1089 € pour le système Burmester à 16 haut-parleurs, la sono de base étant un peu juste.

Les prix
En Belgique, la gamme débute avec l’hybride CLA 180 à 44.770 € en 2026. L’électrique commence à 49.610 € (CLA 200). La version 250+ de notre essai démarre à 55.055 €, mais notre modèle AMG Line bardé d’options grimpait à 63.446 €. Au Grand-Duché de Luxembourg, cette même configuration s’affiche à 61.378 €, tandis qu’en France, le prix catalogue est fixé à 61.450 €.

Pour la Suisse, comptez 69.825 CHF. Du côté des Pays-Bas, l’addition de la 250+ tourne aux alentours de 57.000 € hors options, alors qu’au Royaume-Uni, il faudra débourser environ 47.500 £ pour accéder à cette CLA grande autonomie.

Verdict
Avec cette CLA 250+ with EQ Technology, Mercedes-Benz ne s’est pas contenté d’électrifier une silhouette ; la marque a redéfini le standard de la grande routière compacte. Ce titre de Voiture de l’année 2026 n’est pas usurpé. La recette mêlant une propulsion arrière pleine de vie (272 ch et 375 Nm) à une batterie capable d’effacer l’angoisse de la panne sèche fonctionne à merveille. Certes, l’hiver a mis en lumière une gestion thermique perfectible à la borne quand l’atmosphère est un frigo. Toutefois, le plaisir distillé au volant et l’assurance affichée sur l’asphalte font vite oublier ces quelques minutes perdues au chargeur. C’est une machine à voyager qui sait donner le sourire, une qualité devenue trop rare dans l’univers aseptisé des électriques.

Reste que cette ligne de coupé fuselé, si elle flatte la rétine et l’aérodynamisme, impose ses limites au quotidien : l’accès est bas et le coffre manque d’ouverture. Mais c’est le prix à payer pour une efficience qui permet de lorgner vers l’Autobahn sans complexe, capable d’y tenir son rang à haute vitesse. Si l’on accepte de composer avec des aides à la conduite parfois trop zélées et une ergonomie tactile qui demande de l’habitude, la CLA 250+ s’impose comme une compagne de route performante et, disons-le, sacrément racée.

(Texte et photos : © Olivier Duquesne)

Olivier Duquesne
