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Škoda Enyaq Coupé 85x à l’essai – Une voyageuse électrique au grand cœur

  • 26 janv. 2026 11:00

La famille Škoda Enyaq a évolué et la déclinaison Coupé entend bien prouver que le style n’est pas l’ennemi de la pratique. Avec son pavillon incliné censé fendre l’air plus efficacement, cette mouture promet d’optimiser les longs trajets. Pour en avoir le cœur net, nous avons pris le volant de la version 85x à quatre roues motrices pour une liaison entre Bruxelles et Paris, agrémentée de quelques détours.

L’identité visuelle est claire : la nouvelle calandre signe le restylage de ce SUV électrique incontournable. Cette variante Coupé, plus râblée, adopte les codes du langage « Modern Solid », fer de lance du renouveau esthétique tchèque dévoilé à Bruxelles en tout début d’année 2025. C’est au volant de ce modèle rafraîchi que nous mettons le cap vers la capitale française, avant de rejoindre le domaine du Château de Chantilly pour saluer de plus anciennes montures : les chevaux.

Vie à bord

La ligne de toit fuyante de la Tchèque ne condamne pas pour autant les passagers arrière. Deux adultes y trouvent leur place sans devoir courber l’échine, même si la garde au toit est logiquement réduite. La place du milieu, bien que large, reste entravée par le rangement au sol qui oblige à jouer des jambes. En somme, le voyage est royal à quatre, un peu moins à cinq. Les quelques millimètres gagnés lors du lifting ne transfigurent pas l’expérience : l’espace aux jambes reste l’un des points forts de l’auto.

Avec un empattement généreux de 2766 mm pour 4658 mm de long, l’accueil est soigné. Les évolutions les plus marquantes se situent au poste de conduite avec un nouveau volant et, surtout, un écran central de 13 pouces. Cette interface pilote un système d’infodivertissement modernisé, le tout baignant dans une ambiance rehaussée par de nouveaux matériaux.

Sur l’autoroute

Sur le papier, notre Škoda Enyaq Coupé 85x Sportline revendique une autonomie mixte de 553 km. C’est, paradoxalement, un chouïa moins que la version SUV classique. Cela suffit néanmoins amplement pour couvrir les 300 km reliant les deux capitales. En pratique, calés entre 120 km/h et 130 km/h pour éprouver la batterie de 77 kWh nets, nous avons relevé une consommation moyenne de 19,3 kWh/100 km par temps chaud. De quoi tabler sur un rayon d’action réel proche des 400 km avant la panne "sèche".

La prudence nous a guidés vers une recharge à Compiègne (Ressons Ouest). La stratégie était double : partis avec 85 % de charge, nous voulions arriver à Paris l’esprit libre pour stationner sans chercher une borne. Au retour, une halte similaire à Ressons Est nous a permis de récupérer 80 % de capacité en moins de 30 minutes, grâce à des pics de charge atteignant 143 kW pour un maximum théorique de 175 kW.

Nuances de conduite

Avaler les kilomètres sur autoroute est presque un exercice de tout repos. Le véhicule profite du silence de fonctionnement et du couple instantané propres à l’électrique. La cavalerie de 286 ch (210 kW), distribuée sur les deux essieux, assure une motricité sans faille. Les 545 Nm de couple sont souverains pour s’extirper des péages ou dépasser. Le confort est préservé, tant par la sellerie massante que par l’amortissement, et ce malgré la monte généreuse de jantes Supernova de 21 pouces (791 €). J’ai privilégié le mode « Normal » qui offre l’équilibre le plus juste.

L’écran tactile permet de jongler avec les réglages : « Eco » pour maximiser la distance (au détriment de la climatisation et du punch), « Comfort » pour plus de moelleux (mais plus de roulis), ou encore « Sport » pour durcir la direction et les suspensions. Un mode « Traction » pour les surfaces glissantes et un mode « Individual » complètent l’offre. On regrettera juste que le choix du mode ne soit pas rappelé en permanence sous les yeux du conducteur.

Gestion thermique

Notre modèle d’essai bénéficiait de la pompe à chaleur. Cet équipement, pourtant crucial pour l’efficience d’une électrique, reste une option coûteuse chez Škoda (1165 € en Belgique). C’est dommage, car elle permet d’envisager des relais autoroutiers de plus de deux heures en hiver. Au printemps, on pourrait même pousser jusqu’à trois heures. Le crochet d’attelage pivotant électrique (810 €) s’avère pratique, et pas seulement pour protéger le pare-chocs des créneaux parisiens audacieux.

Le contrat est rempli pour l’Enyaq qui rallie Bruxelles-Paris d’une traite, pour peu que l’on parte avec le plein et qu’une solution de charge nous attende à l’arrivée. Faute de borne à notre point de chute parisien, nous avons rejoint Chantilly sur nos réserves sans anxiété. Sur le réseau secondaire, à 80 km/h, l’appétit de la voiture descend sous les 17 kWh/100 km, voire 16 kWh/100 km en milieu urbain fluide. En revanche, dans la jungle des boulevards parisiens, les nerfs et la consommation sont mis à plus rude épreuve.

Détails qui fâchent

Pendant notre visite du musée Condé, l’Enyaq est resté exposé au soleil. C’est là que le bât blesse : le toit panoramique est dépourvu de store occultant. Sans le pare-soleil accessoire (180 €), l’habitacle s’est transformé en fournaise, faisant fondre nos provisions sucrées. Cette chaleur excessive a même mis en sécurité le chargeur à induction du téléphone le temps que la température redescende.

Pourtant, Škoda maîtrise habituellement l’art de la vie à bord : rangements nombreux, célèbre grattoir dans le hayon, crochets pour sacs et organiseur de câbles. La présence de boutons physiques pour certains menus favorise l’ergonomie, et la compatibilité Apple CarPlay et Android Auto est impeccable.

Cependant, quelques économies de bouts de chandelle surprennent. Outre l’absence de rideau de toit, l’accès au double fond du coffre exige de manipuler une protection peu commode. De plus, l’absence d’essuie-glace sur la lunette arrière, combinée à une visibilité déjà limitée par la ligne de coupé, est pénalisante.

Au volant, la sensation est ternie par une pédale de frein spongieuse, manquant de mordant initial. Heureusement, la régénération modulable via les palettes compense souvent, bien qu’on finisse par s’en remettre au mode automatique. Pour manœuvrer ce beau bébé dans les parkings exigus, la vision par caméra à 360 degrés n’est pas du luxe.

Le coffre reste un atout majeur : malgré la chute de pavillon, il engloutit 570 l sous tablette. Une fois la banquette rabattue depuis le coffre, le volume grimpe à 1610 l. En revanche, toujours pas de coffre avant (frunk) pour ranger les câbles.

L’addition

En ce début 2026, en Belgique, ce SUV polyvalent débute aux alentours de 46.500 € pour la version 60 (petite batterie). Pour s’offrir notre modèle d’essai, l’Enyaq Coupé 85x Sportline, il faut compter un minimum de 66.000 €. Avec les options et la teinte rouge de notre exemplaire, la facture dépasse allègrement les 79.000 €. L’écart avec la version classique reste d’environ 3500 € ; le prix du style.

Au Luxembourg, le ticket d’entrée se situe aux alentours de 45.800 €, tandis que la version 85x Sportline réclame environ 65.500 €. En Suisse, l’offre se concentre sur le haut du panier avec une 85x Sportline affichée à partir de 63.500 CHF. La France continue de bouder la version 85x au catalogue. L’offre démarre avec la version 85 propulsion (environ 50.500 €), et la finition Sportline se négocie autour de 55.500 €. Une configuration équivalente à la nôtre, mais sans les quatre roues motrices, flirte avec les 62.000 €. Situation identique aux Pays-Bas où la 85x est absente ; la 85 Sportline y débute à 51.200 €. Enfin, au Royaume-Uni, notre modèle 85x s'échange contre une facture d’au moins 49.900 £.

Verdict

La Škoda Enyaq Coupé 85x confirme son statut de routière accomplie, capable de concilier les impératifs familiaux avec une esthétique plus affirmée. Son comportement routier est sain, rassurant et le confort global, malgré les grandes jantes, reste d’un très haut niveau pour la catégorie. La gestion de l’énergie et la vitesse de charge permettent d’envisager les longs trajets européens sans appréhension majeure, faisant d’elle une alternative crédible aux thermiques pour les vacances.

Cependant, tout n’est pas parfait au royaume de la flèche ailée. On regrette certaines mesquineries d’équipement comme l’absence de store de toit en série ou la pompe à chaleur toujours en option onéreuse. De même, le toucher de pédale de frein mériterait plus de consistance pour parfaire l’agrément de conduite. Si le surcoût du « Coupé » ne se justifie pas par un gain d’efficience notable, il offre un petit supplément d’âme visuel.

(Texte et photos : © Olivier Duquesne)

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